Wantier : "À un moment, il faut savoir accepter de passer la main"

Anciens Verts | Publié le par Tibo | 31 commentaires

Ancien responsable de la cellule de recrutement de l'AS Saint-Etienne, David Wantier nous a accordé un long entretien dans lequel il évoque la situation de Romain Hamouma, sa relation avec Claude Puel et les présidents, ses réussites et ses échecs en matière de recrutement et son amour pour le club. 


Quelle est votre actualité ?
Le fait d’être passé à l’AS Saint-Etienne et d’y avoir travaillé pendant cinq ans, j’ai aimé le faire pour ce club-là. Je n’avais pas vocation d’aller dans un autre club après. L’idée c’était de reprendre ma licence d’agent une fois le délai passé, puisqu’il faut attendre un an lorsqu’on a travaillé pour un club pour pouvoir prétendre récupérer la licence.


Quel regard portez-vous sur cette saison de football particulière ?
C’est triste d’avoir du football sans spectateurs. L’essence même du sport, c’est la compétition mais c’est aussi de pouvoir s’exprimer devant du monde. Qui plus est, lorsqu’on est à Saint-Etienne, parce que les spectateurs et les supporters sont parties intégrantes du club. C’est bien de pouvoir continuer à jouer au football, mais dans ces conditions-là ça reste particulier.

Cette crise sanitaire a des répercussions fortes aussi sur le métier d’agent de joueurs ?
Je n’ai pas été actif sur les récents mercatos puisque je n’avais pas encore récupéré ma licence. Je n’ai du coup pas ressenti l’impact. Maintenant je pense qu’après le passage de la pandémie, les finances des clubs sont mises à mal. La répercussion se fait plus sur les joueurs et sur les contrats qui peuvent être proposés. Je pense que cet été, on va voir des effectifs se réduire en nombre et les salaires vont être revus à la baisse.

Vous êtes d’ailleurs redevenu l’agent de Romain Hamouma ? Que vous inspire sa situation ?
Oui, je vais redevenir son conseiller. C’est un garçon en fin de contrat qui a donné beaucoup à Saint-Etienne et à qui Saint-Etienne a rendu beaucoup en retour. Cela fait neuf saisons à la fin de celle-ci qu’il y sera. C’est quelqu’un qui va atteindre la barre des 300 matchs en Ligue 1, ce n’est pas rien, et qui est le meilleur buteur en activité de l’AS Saint-Etienne sur le 21e siècle ! Il a même dépassé le nombre de buts de Dominique Rocheteau. Lorsqu’on a dit ça, on a résumé la relation entre Romain et Saint-Etienne.
 

Est-il exact qu’il possède une reconversion au club, pourrait-il dès lors, entamer cette reconversion à la fin de cette saison ?
On le voit encore cette saison, il reste un joueur décisif. Il a largement les capacités pour faire d’autres saisons au plus haut-niveau. Il n’est pas question de se reconvertir à la fin de cet exercice. Il sera joueur professionnel la saison prochaine.

Comment vivez-vous la situation sportive actuelle de l’ASSE ?
Ça fait mal au cœur de voir le club dans cette position. Mais je reste persuadé qu’il va se maintenir en Ligue 1, c’est ce que je souhaite.

La nomination de Claude Puel en tant que manager général était obligatoirement synonyme de départ pour vous ?
Déjà, l’arrivée de Claude Puel n’a pas été directement synonyme de départ. Dans un premier temps, on a très bien travaillé ensemble. Il n’a pas manifesté sa volonté de me voir partir. J’ai passé six mois à ses côtés et comme avec la plupart des coachs que j’ai connus, on a relativement bien travaillé ensemble. Le dernier recrutement fait ensemble, c’est Yvann Maçon. Ce qui est sûr, c’est que c’était ma cinquième année à Saint-Etienne et mon sixième coach. Ça c’est difficile. À un moment, il faut aussi savoir accepter de passer la main, pour moi, c’était le moment de le faire. Parce qu’à chaque fois qu’un coach vient, il faut être à 200% à ses côtés. Avec le temps, il ne faut pas que l’usure s’installe.


"Il y a eu une volonté collégiale de faire venir Loïs Diony"

Quel regard vous portez sur son projet ?
Je n’ai pas à porter un regard, il a ses idées et je souhaite sincèrement qu’il réussisse. J’ai appris et aimé travailler avec l’homme.


Vous vous étiez vu avec de plus grandes responsabilités au sein du club ?
Je les ai eues, lorsque Jean-Louis Gasset, Dominique Rocheteau et Frédéric Paquet partent. Lors de cette intersaison-là, il a fallu gérer le recrutement du club selon les volontés du coach et selon aussi ce qu’on avait travaillé tout au long de la saison. Il y a eu la vente de William Saliba à Arsenal, la non-vente de Wesley Fofana à Salzbourg et bien nous en a pris, les signatures et les arrivées de Denis Bouanga ou encore Zaydou Youssouf. Après, Claude Puel arrive en tant que manager général, il faut respecter ça.

Que pensez-vous de la situation financière de l’ASSE ? Certains vous imputent une certaine responsabilité dans cette situation ?
En cinq ans, j’ai recruté pour environ 65M€ et vendu pour près de 100M€. Il y a déjà une balance positive. De ces campagnes de recrutement-là, il reste encore des joueurs qui sont des actifs du club. On va prendre pour exemple Harold Moukoudi, arrivé gratuitement et qui sera peut-être revendu un jour, Denis Bouanga, Zaydou Youssouf. La particularité aussi, c’est qu’on avait mis en place au sein du club et je n’étais pas seul, tout le club y était associé, Dominique Rocheteau ou encore Julien Sablé, une cellule qui visait à identifier les talents sur lesquels le club allait pouvoir s’appuyer dans les années à venir. Pendant cette période-là on a signé professionnel des joueurs comme Saliba, Fofana, Moueffek, Nordin, Abi, Camara… Toujours joueurs qui aujourd’hui font partie d’une ossature de l’équipe pro. C’était important. Tous les joueurs que nous avions identifiés, aucun, contrairement à ce qu’il peut se passer dans d’autres clubs comme Lyon ou Paris, aucun n’est parti avant d’avoir pu jouer au plus haut niveau. Cela nous a aussi permis de bien vendre Wesley Fofana ou William Saliba. C’est important pour la survie du club. Lorsqu’on parle de bilan, il ne faut pas oublier ça.

Quelle est votre plus grande réussite en matière de recrutement ? 
Déjà, ce n’est pas le bilan d’une seule personne. Il a fallu monter une cellule de recrutement qui n’existait pas avec des gens qui ont travaillé au quotidien. Pendant les cinq années, la plus mauvaise place du club, c’est une 8e place. On a aussi terminé 4e. Le plus important, c’était la réussite sportive et elle a été au rendez-vous. On a eu l’opportunité de faire venir des joueurs importants dans cette période-là. Mathieu Debuchy qui est toujours dans l’effectif, Jordan Veretout, Kévin Malcuit, Neal Maupay qui aujourd’hui réussit pleinement en Premier League, Yann M’Vila. On a pu faire signer Harold Moukoudi qui était libre et faisait l’objet de nombreuses convoitises. Même Yvann Maçon plus récemment, on a eu cette capacité de faire venir et signer la plupart des joueurs que nous convoitions.


Et votre plus gros regret ?
Au niveau des échecs, on a toujours eu à chercher un attaquant. Même s’il ne faut pas négliger que Robert Beric a fait les beaux jours de l’ASSE. Il y a eu une volonté collégiale de faire venir Loïs Diony, on pensait que le mariage serait plus fructueux. On a eu la chance de réaliser la plupart des transferts ou prêts que l’on souhaitait faire. Les dirigeants nous ont toujours dans la mesure du possible aidé. Il n’y a pas de regrets particuliers. Simplement, à l’époque, lorsqu’on fait venir Jordan Veretout en prêt, on est à deux doigts de le conserver. Il signe finalement à la Fiorentina, c’est le seul garçon qu’on avait la volonté de finaliser et qui n’est pas resté. Chose qu’on a réussi à faire avec Cabella par exemple.


"Lorsque vous passez à l’AS Saint-Etienne, vous en ressortez marqué à vie"

L’omniprésence de Roland Romeyer au quotidien a régulièrement été pointée du doigt, comment ça se passait avec le président du directoire ?
Ça se passait bien. C’était mon président. Un des deux propriétaires du club. J’ai toujours vocation à dire que si quelque chose ne vous convient pas il faut partir. On avait une relation franche. J’ai toujours trouvé quelqu’un en face de moi avec qui on pouvait parler, échanger, discuter. On n’a pas toujours été d’accord et heureusement d’ailleurs. Lorsque je n’étais pas d’accord, je le faisais savoir et lorsqu’il n’était pas d’accord avec moi il le faisait également savoir avec toute la passion qui l’anime. Vous ne pouvez que le respecter.


Et quelle était la nature de votre relation avec Bernard Caïazzo ?
Celui avec qui j‘avais le plus de relation au quotidien c’était Roland. Les échanges que je pouvais avoir avec Roland étaient retranscris à Bernard Caïazzo avec lequel j’avais moins d’échanges.

Le renouveau du club passera-t-il par l’arrivée d’un actionnaire ?
Je dirais qu’eux détiennent la clé. Ce que l’on constate c’est que dans l’environnement concurrentiel, ne serait-ce que de la Ligue 1, vous avez Paris, Rennes, Lyon, Marseille, Monaco où beaucoup de moyens sont injectés par des gens qui ont repris le club et ont investi beaucoup. Aujourd’hui, les deux présidents n’ont pas de fonds d’investissement derrière eux, ou autres. Après cela va dépendre du projet. Si le projet est de s’appuyer sur la formation pour pérenniser le club en Ligue 1 et permettre d’aller le plus haut possible, je leur souhaite de réussir.


Quelles sont vos ambitions professionnelles désormais ?
Être dans un projet de rachat de club, ça faisait partie des pistes. J’ai privilégié le fait de reprendre mon travail d’agent et ma licence d’agent. J’ai envie de faire bénéficier à mes joueurs de mon expérience, en tant qu’agent mais aussi en tant que dirigeant. Cela me permet de voir les choses à 360°, je pense être l’un des seuls à avoir occupé ces deux positions.

Devenir un jour dirigeant à l’ASSE reste un objectif ?
Ce qui est certain, c’est que lorsque vous passez à l’AS Saint-Etienne, vous en ressortez marqué à vie, positivement. L’engouement autour du club, la passion, ce que représente l’institution et l’amour que les gens qui le supportent peuvent lui manifester. Je fais partie de ces gens-là. J’ai le plus grand respect pour l’institution et le plus grand respect pour les gens qui le supportent au quotidien.


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