Sarramagna : "Herbin avait tout compris, c'était un visionnaire"
En marge des festivités pour le cinquantenaire de l'épopée de 1976, Christian Sarramagna a évoqué à notre micro l'engouement qui perdure autour de cette équipe, les liens forts qui unissent toujours les joueurs et les valeurs qui ont permis aux Verts de marquer l'histoire du football français.
Christian Sarramagna : "Il n'y a pas véritablement de surprise. C'est quelque chose qui est né il y a 50 ans et qui a évolué au fil des années. On est toujours étonnés de voir autant de gens autour de nous, de les entendre nous demander ce qu'il s'est passé à l'époque, d'évoquer des anecdotes, etc. J'ai entraîné pas mal d'équipes et, vous savez, chaque fois que je me déplaçais, j'avais toujours l'impression qu'on me posait des questions uniquement sur les Verts. Cet engouement a touché la région, toute la France, et forcément l'Europe ainsi que le monde entier. À un moment donné, on ne parlait que de ça. On n'oublie pas que le public était notre 12e homme ; heureusement qu'il était là. On se sent redevables de cela.
Les gens nous disent tous merci, mais nous aussi, nous sommes en droit de le dire, car sans eux, on n'aurait jamais pu réaliser ce qui a été accompli par la suite. C'est très touchant, cela marque un joueur, un homme. Lorsqu'on voit toutes ces générations touchées et présentes, je ne sais pas si cela existe dans un autre club. Nous, on est des joueurs devenus des amis. Quel bonheur de se retrouver.
Ce qu'on se dit lorsqu'on se retrouve ? On parle de notre vie quotidienne, de ce que l'on devient, etc. Le bonheur, c'est de passer des moments ensemble, de se retrouver, de renouer avec notre passé à travers certaines anecdotes. Il y a toujours beaucoup de choses à se dire, car nous avons tellement de beaux souvenirs que nous avons envie de les partager entre nous.
On ne travaillait pas énormément la tactique à l'époque, mais on savait exactement ce qu'on avait à faire sur le terrain. Il y avait une grande solidarité. On avait une véritable identité. Je parle toujours de mentalité et d'éducation. De notre temps, il fallait respecter un contrat ; on était liés longtemps au club. Il y avait une véritable éducation du football professionnel. Cela nous a servi pour la suite. Les joueurs qui nous ont précédés ont toujours été présents pour nous. Je vais prendre mon exemple avec Georges Bereta, qui m'a beaucoup initié à mon poste d'ailier gauche. C'est quelque chose qui s'est transmis et que nous avons perpétué au fil des générations.
Herbin avait tout compris, c'était un visionnaire. L'effectif qui nous a précédés avait énormément de mal à rivaliser avec ce qui se faisait de mieux en Europe. Il savait que, techniquement, nous étions au niveau et que, tactiquement, nous étions prêts. Il manquait peut-être du mental, tout ce qui touche au plan physique, à la valeur athlétique, à l'engagement, aux duels.
Il nous a fait travailler tout cela et, petit à petit, nous avons grandi avec ça. Nous sommes arrivés à rivaliser avec ce qui se faisait de mieux. On n'imaginait pas tout cela, mais avec les résultats qui étaient les nôtres, avec la Gambardella, le championnat de France amateur, tout cela montrait qu'il y avait quelque chose qui était en train de naître.
On n'envisageait pas de rivaliser sur le plan européen, mais lorsqu'on voyait les matchs que nous étions capables de faire et d'enchaîner, le phénomène vert prenait de l'ampleur. À travers tout ce qu'il s'est passé, les renversements de situation… Si cela arrive une fois, ça peut arriver, mais lorsque cela se reproduit et se renouvelle à chaque fois, vous ne vous posez plus de questions : vous vous dites qu'il y a quelque chose qui se passe."