Rencontre avec Mamour Ndiaye, nouveau gardien de l'ASSE
Débarqué cet été dans le Forez en provenance de Sarpsborg en Norvège, Mamour Ndiaye est la doublure de Gautier Larsonneur cette saison à l’AS Saint-Étienne et doit grandir comme son nouveau club, dans les années à venir. Entretien avec un jeune footballeur avenant, attachant et supporter... des Verts.
Loin des codes du football moderne, le jeune homme de 20 ans culminant à plus d’1m90 est venu à notre rencontre jeudi dernier avant la réception de Clermont (ndlr, victoire 3-1). Avenant, rafraîchissant, il s’est livré sans détour pendant près de 40 minutes sur ses premiers pas de footballeur au Sénégal, ses débuts professionnels en Norvège, son arrivée cet été à l’AS Saint-Étienne et ses objectifs pour les années à venir. Entretien avec un joueur, attaquant reconverti gardien de but, qui pourrait bien conquérir le coeur de nombreux supporters des Verts grâce à sa simplicité et son sain rapport aux autres.
Bonjour Mamour, comment ça va ?
Ça va très bien ! Je suis heureux de parler avec vous aujourd’hui et de faire savoir aux supporters de l’AS Saint-Étienne l’homme que je suis.
Jeune, comment le football est venu à toi ? Tu as toujours été un gardien de but ?
Avant d’être gardien de but, j’étais un attaquant. Au Sénégal, je jouais dans les quartiers, je marquais des buts mais quand avec mon équipe on allait aux tirs au but, comme j’étais le plus grand, je changeais de poste. C’est venu naturellement. Ensuite je suis parti en centre de formation pour m’entrainer en tant que gardien. À la Oslo Football Académie (ndlr, à Dakar), j’ai beaucoup appris avec mes différents coachs, tout s’est fait simplement dans ce passage d’attaquant à gardien et je dirais même que c’était plus facile pour moi. En tant que nouveau gardien, je connaissais déjà les trucs des attaquants, ce qu’ils faisaient. Ce changement a eu lieu après mes 14 ans, c’est arrivé tard mais je me suis vite adapté, je suis quelqu’un qui aime bosser et découvrir les choses à faire pour être un gardien moderne. Tu ne peux pas devenir un top gardien du jour au lendemain juste parce que tu l’as décidé, je viens de la rue, je ne connaissais pas ce poste, il a fallu faire mon éducation sur comment être un gardien.
Ma formation s’est faite principalement à la Oslo Académie, au Sénégal, ça a été ma seule équipe pour la formation, j’y ai tout fait, j’ai grandi là-bas. Avant de venir en Europe, avant de rejoindre l’équipe nationale sénégalaise, c’est à la Oslo que j’ai tout vécu. La passerelle avec un départ en Norvège était simple à faire (ndlr, il s’engage avec le Sarpsborg 08 en 2024 à 18 ans), niveau adaptation c’était le plus logique. Mon président qui avait des contacts en Norvège m’a énormément aidé, je ne parlais pas la langue, très mal l’anglais, j’ai dû m’adapter mais je ne suis pas de nature à rester dans mon coin, j’aime découvrir les gens. L’Europe c’était un objectif comme pas mal de jeunes qui viennent d’Afrique pour montrer leur talent.
Tu arrives jeune en Norvège, dans un club qui évolue en D1, comment se sont passés les premiers mois ?
Je suis obligé de parler de la neige, ça fait sourire mais je ne connaissais pas avant d’arriver en Norvège et honnêtement c’était difficile de gérer le froid. Tu arrives du Sénégal et d’un coup tu t’entraines par moins 15 degrés. Au début, je fuyais un peu le froid et puis à l’intérieur de moi, je me suis dit que je n’avais pas le droit de me plaindre, je suis là pour bosser. La première année, je ne joue pas, mais grâce à mes performances avec la sélection nationale en disputant la CAN puis la Coupe du monde avec les équipes jeunes du Sénégal, quand je suis revenu, tout a changé pour moi, j’ai commencé à jouer (ndlr, il jouera 43 matchs entre 2024 et 2026 avec le Sarpsborg 08 en D1 norvégienne). Je me souviens de mon premier match professionnel c’était contre Molde, j’ai fait une belle rencontre avec pas mal d’arrêts, on gagne avec le clean-sheet.
L’adaptation s’est donc faite assez facilement avec ce nouveau football, cette nouvelle culture ?
J'ai appris le norvégien, que je parle désormais, comme l’anglais et le français. En Norvège, il y a mon coach des gardiens John Rune Alvbåge (ndlr, ancien gardien international suédois) qui m’a apporté beaucoup lors de mon arrivée en Europe. Le reste, c’est de la patience, je ne suis pas pressé. Le football c’est les pieds et le cerveau. Avant d’être numéro un, il y avait un international finlandais dans les cages, il avait de l’expérience (ndlr, Carljohan Eriksson), je devais prendre de lui, rester les pieds sur terre, apprendre et écouter les plus expérimentés.
Beaucoup d’observateurs en Norvège se remémorent une demi-finale de Coupe face à Rosenborg au moment d’évoquer tes performances...
Le match contre Rosenborg ? Je ne vais pas dire que leurs supporters ne m’aiment pas, ils m’aiment puisque s’ils ne m’aimaient pas, ils n’auraient pas crié sur moi (sourire). Je me souviens bien, jouer contre un grand club comme Rosenborg, chez eux. Match nul dans le temps règlementaire (2-2), prolongations, tirs au but. Ça a été un joli travail d’équipe. Avant la séance, je savais que je pouvais sortir des penaltys, j’en sors deux et on se qualifie. C’est mon côté joueur qui est ressorti, j’aime ce genre de challenge comme il y en avait quand j’étais jeune. Tu poses 100 francs, on tire tous les deux et on voit ce qu’il se passe. C’était comme ça dans la rue au Sénégal (rires) mais ça m’a forgé pour la suite.
Pour finir sur la Norvège, c’étaient des bons souvenirs, notamment ce match de Rosenborg. J’aime vivre des moments comme ça, dans les grands matchs c’est comme cela que l’on sait quel genre de joueur tu es, dans les moments où ton équipe a besoin de toi, surtout sur le poste de gardien. Tu peux faire 50 arrêts mais une seule erreur dans le match et c’est terminé. Les gens oublieront tout ce que tu as fait avant, c’est pour cela que mentalement, les gardiens sont forts je trouve.
Mamour Ndiaye : "La famille a validé mon choix mais même s'ils disaient non, je venais quand même parce que Saint-Étienne, c’est mon club de coeur depuis que je suis jeune, c’est le club de mon papa"
À quand remontent les premiers échanges avec les Verts ?
Les premiers contacts avec l’AS Saint-Étienne ça fait longtemps ! Il y avait Alexandre Lousberg qui est même venu me voir. Je peux aussi le dire pour lui, c’est comme un grand frère. Le projet qu’il m’a proposé, tout était bien, je me suis dit pourquoi pas, même si j’étais titulaire en Norvège dans un club de D1. Ils ont regardé mes matchs, la façon dont je communique avec les joueurs, comment je prends mes responsabilités sur un terrain, ils ont bien aimé je crois. On a bien parlé et puis surtout... Je suis un Stéphanois de base donc vous me proposez de signer à Saint-Étienne, je viens. Saint-Étienne est en Ligue 2 mais ce n’est pas sa place et il y a le potentiel pour davantage. Monter l’équipe, c’est la première chose à faire et puis la mettre à tout prix au top niveau, à nous d’écrire l’histoire. La Coupe de France pareil, aller le plus loin possible et si on a l’occasion de la prendre, on la prend. Je suis prêt à tout ça. En Norvège, j’ai joué contre des grosses équipes, mais au final, c’est toujours onze joueurs contre onze joueurs. On aurait tort de ne pas se donner à fond.
Sur les contacts précisément, comment cela s’est fait ?
Avant de signer, j’ai parlé avec Alexandre évidemment, avec Huss Fahmy, un homme tellement gentil, il m’a expliqué le projet de l’équipe. D’autres clubs voulaient que je signe mais ça ne m’intéressait pas, je ne voulais pas brûler les étapes. Saint-Étienne est un grand club, je suis fier de faire partie de ce club vert. Quand j’ai vu le contrat, je n’ai pas hésité, j’ai signé direct. La famille a validé ce choix mais même s'ils disaient non, je venais quand même parce que Saint-Étienne, c’est mon club de coeur depuis que je suis jeune. Je veux faire partie de cette équipe.
Tu expliques que tu étais vert avant de signer, d’où vient cet amour de l’ASSE ?
Mon père regardait l’AS Saint-Étienne, je n’ai pas vécu très longtemps avec lui, il est décédé quand j’étais jeune. J’ai toujours dit que je suivrais les traces de mon père, c’est pour cela que j’aime l’AS Saint-Étienne. Je n’ai pas tout regardé mais quand même j’ai vu pas mal de matchs depuis que je suis gamin… l’année passée, j’ai tout regardé. Il y a aussi Lassana Traoré avec qui j’ai joué avec le Sénégal qui a signé ici, on se suivait, on s’appelait pour parler du club.
Mamour Ndiaye : "Avec Larsonneur, nous ne sommes pas là pour être des ennemis, c’est un grand frère pour moi. Gautier c’est moi, moi c’est Gautier"
Comment se sont déroulés tes premiers pas ici ?
Depuis le premier jour ici je m’adapte. Saint-Étienne c’est la famille. Les gardiens surtout, on travaille et on rigole bien tous ensemble. Gautier c’est comme mon grand frère, il m’a mis à l’aise. Celui qui a fait beaucoup plus de choses en carrière que toi, tu ne peux qu’apprendre de lui. Moi je suis là pour apprendre, il me montre des bonnes choses, je suis ouvert à ça, notre objectif de toute façon c’est de mettre l’équipe au top. Nous ne sommes pas là pour être ennemis, c’est plus que la notion de groupe, on doit être une famille. On doit hausser notre niveau le plus haut possible. On se pousse ensemble, on se chamaille, c’est une famille.
Je suis ici pour bosser, numéro 1, numéro 2, numéro 3, peu importe. On va se pousser entre-nous. Même si je commence à jouer, ça ne changera pas qui je suis, l’inverse pareil, ça ne m’affectera pas. Je suis humble et quelqu’un de travailleur. Je ne le dis pas pour le dire, c’est sur le terrain que cela se vérifie. Avec les gardiens, sous le contrôle du coach Jeff (Bédénik), on veut pousser notre niveau le plus haut possible. Il y a notre grand frère Gautier en place, je suis là pour apprendre de lui, pour apprendre comment il fait. Je le côtoie beaucoup, celui qui a fait plus que toi, tu n’as qu’à prendre ce qu’il a déjà accompli pour ton expérience personnelle. Gautier, c’est un gars gentil même si les supporters peuvent parfois lui dire comment il doit faire son travail, mais pourquoi ils font ça ? Parce qu’ils connaissent son potentiel, ils connaissent le niveau qu’il a, Gautier c’est un très bon gardien. Je suis là pour le pousser, même si je ne joue pas et que je suis sur le banc, s'il gagne, c’est moi qui gagne.
Je vais tout faire pour le pousser le plus haut possible, c’est ma mentalité, je suis discipliné et je veux que tout le monde se sentent bien. C’est pareil avec les attaquants, quand je vois le début de saison de Cardona, il marque, je me dis qu’on a fait notre part du travail avec les gardiens du club, la semaine on bosse ensemble, on challenge nos attaquants. Gautier premier match il fait clean-sheet, et bien Mamour aussi il a fait le clean-sheet. Gautier c’est moi, moi c’est Gautier, nous sommes une famille. Ma mère m’a éduqué comme cela, si je ne suis pas comme ça dans ma vie, elle va m’attraper (rires).
Ton rôle de numéro deux est donc clair ?
Premier, deuxième, peu importe cette saison. Gautier il a beaucoup plus d’expérience que moi mais parfois je peux lui apporter quelque chose qu’il n’a pas vu sur un match, je ne vais pas me taire car je ne veux que son bien, comme lui veut le mien. On veut que cette équipe avance. Qu’est-ce qu’on dira à la fin de l’année si on monte ? On dira que Mamour fait partie de l’histoire, non ? Je veux être régulier dans mes performances en match et amener l’équipe loin, faire partie pleinement de ce club. Je veux développer mon potentiel pour ce club qui a des attentes élevées envers ses joueurs. Je viens pour aider l’équipe et voir où cela peut m’amener dans le futur. Si l’équipe atteint son objectif de fin de saison avec la remontée, la première chose que je fais c’est de marcher dans les rues de Saint-Étienne et je dis à tout le monde : 'je suis dans l’histoire, n’oubliez pas de l’écrire dans vos papiers' (rires).
Mamour Ndiaye : "À l’ASSE, les supporters sont directs avec toi, ils te disent clairement ce qu’ils veulent. Ça, c’est une normalité, ce n’est pas de la pression."
On te sent déjà pleinement investi dans le projet du club...
Quand on me demande si je m’adapte vite à Saint-Étienne du coup la réponse est évidente : bien-sûr ! Dans un club comme l’AS Saint-Étienne, les gens me parlent de pression mais je ne la ressens pas. Les supporters ils sont directs avec toi, ils te disent clairement ce qu’ils veulent. Ça, c’est une normalité, ce n’est pas de la pression. C’est le football, c’est comme dans tous les secteurs, la pression est propre à ton métier. Je suis nouveau ici mais c’est un club dans lequel tout le monde veut jouer, un club historique. Un club qui a tout gagné dans le passé mais dans le présent nous devons écrire notre propre histoire. Il y a de grands joueurs sénégalais qui sont passés par ici comme Bayal Sall ou Pape Thiaw, ce sont comme mes pères. Quand je pars en vacances, je joue avec eux donc j’apprends ce qu’ils me disent sur l’Europe, sur Saint-Étienne. Si tu veux quelque chose dans ta vie, il faut côtoyer ceux qui ont vécu. Si je m’inspire d’eux c’est pour ne pas faire de bêtises dans ma vie professionnelle. Eux peuvent m’aider à éviter les choses négatives de part leur expérience.
Comment présenterais-tu tes qualités de gardiens à ceux qui ne te connaissent pas ?
Je suis grand, je suis travailleur et j’aime la rivalité avec les autres équipes. Je suis bon sur les penaltys, dans les airs sur corner. J’aime trop les supporters aussi. Si on joue un match de coupe et qu’on gagne, vous allez me voir célébrer un peu avec les joueurs mais surtout avec les supporters (rires). Il faut que je profite avec eux. J’ai envie de découvrir Geoffroy-Guichard avec du public (ndlr, l’interview a été faite avant le match contre Clermont).
Que fais-tu en dehors des terrains ?
En dehors du foot j’apprends un peu la finance. En Norvège je ne pensais qu’au foot au début mais ensuite j’ai voulu un peu développer les choses autour de moi et de ma carrière. À notre âge, gagner de l’argent ce n’est pas toujours facile, il y a beaucoup de tentations. J’écoute les plus anciens pour ne pas reproduire les erreurs. J’aime aussi lire, lire les grandes histoires.
Au niveau du sport, je m’intéresse pas mal au basket, mon grand frère jouait donc depuis petit je suis cette discipline. Je n’ai pas encore eu l’occasion de jouer ici, mais si j’avais un ballon sous la main, tu me verrais tous les soirs sur le terrain derrière L’Étrat pour jouer avec des inconnus parce que j’aime vraiment ce sport. Cela m’aide aussi dans mon développement de footballeur. J’aime aussi pratiquer le Padel, c’est complet, c’est physique, ça travaille l’endurance. Je sais que Gautier joue pas mal, il m’a dit qu’on irait jouer, on verra qui gagnera.
Mamour Ndiaye : "Mieux vaut l’histoire que l’argent et moi j’aime l’histoire. Pourquoi ne pas prendre la Ligue 1 et jouer la Coupe d’Europe ?"
Tu as joué dans pratiquement toutes les catégories avec le Sénégal, la sélection avec les A, c’est dans ta tête ?
C’est quelque chose auquel je pense mais tout viendra naturellement, je ne me précipite pas dans ma vie. Ça dépend de mes performances, de mes qualités aussi et ce que je vais faire de bon en dehors du terrain. Bien-sûr que j’aimerais être appelé en sélection mais cela dépendra beaucoup de mes performances.
Qu’est-ce qu’on peut te souhaiter pour cette année ?
Un, la montée. Deux, marcher dans les rues avec les supporters et dire que Mamour a été là pour atteindre l’objectif, ça j’aimerais bien aussi. En Norvège, j’avais cette proximité avec les gens de la ville, je voudrais retrouver cela à Saint-Étienne aussi, être proche des gens. Trois, s’installer en Ligue 1 et faire comme les anciens verts, ceux du passé, sauf que nous voulons écrire une histoire plus actuelle et vivre pleinement notre présent à l’AS Saint-Étienne. Pourquoi ne pas prendre la Ligue 1 et jouer la Coupe d’Europe ? Mieux vaut l’histoire que l’argent et moi j’aime l’histoire.
