"Si j'avais été dans la galère, j'aurais aimé qu'on me tende la main"

Y'a pas que le Foot | Publié le par Joris | 0 commentaire

Dounia Aissou, responsable de l'antenne stéphanoise de l'association Delivraide qui lutte contre la précarité étudiante, s'est exprimée à notre micro. Elle revient sur son engagement et sur celui de l'association et se confie sur les évènements menées aux côtés de l'ASSE il y a quelques semaines.   

Pouvez-vous vous présenter et présenter Delivraide ?
Je m’appelle Dounia Aissou, j’ai 22 ans, je suis étudiante à l’IAE de Saint-Étienne. Je suis en première année de Master. Je suis alternante et en plus de cela, j’ai un job étudiant. Au niveau de l’association, c’est national, Delivraide est présent dans quinze villes en France. Elle existe depuis 2020, l’antenne stéphanoise a été créée fin 2024. Je suis à l’origine de la création de celle-ci et j’en suis la responsable. Je gère l’association sur Saint-Étienne. On a plusieurs pôles. Le pôle logistique qui va gérer le stock, les livraisons. On a un pôle RH qui va s’occuper de recruter les bénévoles, le pôle partenariat pour trouver les partenaires et le pôle communication pour nos réseaux sociaux. D’ailleurs, on recrute, on a besoin de monde. On a des bénévoles qui font simplement des collectes et des livraisons avec nous. En clair, l’association livre des courses aux étudiants qui sont en difficulté, de manière totalement gratuite.


"Je suis partie du principe que si j’avais été dans la galère, permettez-moi le terme, j’aurais aimé qu’on vienne me tendre la main"

Qu’est-ce qui vous a poussé à vous engager contre la précarité étudiante ?
Personnellement, je n’ai pas été confrontée à la précarité étudiante mais j’ai pu constater que c'était en revanche le cas de nombreux étudiants. C’était important pour moi de m’engager. J’ai toujours été impliquée dans le social, c’est d’ailleurs l’objectif de mes études. Je suis partie du principe que si j’avais été dans la galère, permettez-moi le terme, j’aurais aimé qu’on vienne me tendre la main. Par chance, je ne suis pas en difficulté donc je peux tendre la main et je le fais.

On dit souvent qu’il y a eu un avant et un après COVID au niveau de la précarité étudiante, c’est aussi votre ressenti sur le terrain ?
Personnellement, avant le COVID, j’étais au lycée donc je n’ai pas été confronté à ça. En revanche, l’association a été créée suite au constat de la précarité étudiante et de l’isolement social des étudiants, en 2020, en plein COVID. On essaye de beaucoup travailler sur l’isolement social. C’est aussi pour cela qu’on fait de la livraison à domicile car le regard des autres compte énormément pour les bénéficiaires. J’ai pu passer des moments avec eux pendant des livraisons, ils nous expliquaient que pour eux c’était impensable de se rendre à des collectes parce qu’ils ne veulent pas être perçus comme des personnes en difficulté. La deuxième raison, c’est que ça nous permet de discuter avec eux. On essaie de prendre le temps, bien-sûr quand ils en ont envie et qu’ils sont ouverts à la discussion. Ce n’est pas simplement leur donner leurs courses et partir. La troisième raison de ces livraisons, c’est que beaucoup d’étudiants travaillent en parallèle de leurs études et donc à 22 heures après leur job, peu d’organismes associatifs sont ouverts. La dernière raison de ces livraisons à domicile, c’est qu’on a des bénéficiaires en situation de handicap, qui ne peuvent pas se déplacer par elles-mêmes.


"Quand j’ai vu tout le monde, j’étais vraiment émue. J’en ai parlé avec les bénévoles, 250 personnes se sont baladées en ville avec un paquet de pâtes sous le bras, c’est énorme, c’est incroyable"


Comment les contacts se sont faits pour mener une action aux côtés de la LFP et de l’ASSE ?
La Ligue de Football Professionnel (LFP) s’est rapprochée de notre association, elle s’est montrée intéressée par notre projet et voulait travailler sur la précarité étudiante. La LFP en a parlé à l’ASSE qui était aussi partante. Je suis entrée en contact avec Thomas Granger (Responsable de la communication de l’ASSE, ndlr). Il m’a expliqué ce que l’ASSE avait en tête. Le jeudi 16 octobre, le club a organisé un run solidaire en partenariat avec le Marathon de la Bière. 250 personnes se sont mobilisées. La condition pour venir courir était d’amener une ou plusieurs denrées. On a récupéré beaucoup de denrées et le fait que 250 personnes se soient mobilisées, c’est ce qui m’a touché. Quand j’ai vu tout le monde, j’étais vraiment émue. J’en ai parlé avec les bénévoles, 250 personnes se sont baladées en ville avec un paquet de pâtes sous le bras, c’est énorme, c’est incroyable (sourire).
C’était le premier volet de l’action, un second a eu lieu devant le stade c’est bien ça ?
Le samedi 18 octobre, avant le match contre Le Mans, on nous a installé un petit stand sur le parvis de Geoffroy-Guichard. C’était également une collecte de denrées, en échange, cela donnait accès à un QR code pour une tombola où un maillot dédicacé par les joueurs de l’ASSE et expérience match étaient à gagner. J’ai également été invitée à présenter l’association au stade avant le coup d’envoi. C’était très impressionnant parce que 30 000 personnes, ça fait beaucoup (sourire). J’étais très stressée mais ça s’est bien passé. On a également donné une interview à la LFP. L’ASSE nous a offert des places de matchs pour nos bénéficiaires et les bénévoles ont été invités à voir le match. Sur les deux collectes, on a récupéré environ 350 kg de nourriture et de produits d’hygiène.


"C’est incroyable, c’est l’ASSE, pour nous stéphanois, c'est notre club de football, celui avec les meilleurs supporters et il nous soutient. C’était énorme !"

Comment avez-vous accueilli ce soutien de l’ASSE dans une ville très marquée « foot » comme Saint-Étienne ?
Je vais reprendre les termes que j’ai utilisés juste avant : ça m’a vraiment ému. Je ne saurais pas vous trouver les mots pour décrire ça. Il y a déjà une grosse fierté personnelle, ma maman est aussi très fière (sourire). C’est vraiment quelque chose d’incroyable. L’ASSE est en Ligue 2 mais ça reste quand même un super club, on a quand même les meilleurs supporters de France. Je vais m’attirer les foudres si je dis ça…

Non non, c’est bien exact…
(Rires). C’est un fait, on a super une ambiance. C’est incroyable, c’est l’ASSE, on est stéphanois, notre club de football nous soutient, c’était énorme !
D'autres évènements sont prévus ? 
Il y a eu un troisième évènement. On a un partenariat avec la Fondation Boulanger qui fait chaque année 'l’euro solidaire' (un arrondi proposé aux clients lors de chaque paiement, ndlr). Chaque année, une partie nous est reversée sous la forme de dons d’ordinateurs. On a pu bénéficier de quelques ordinateurs redistribués à quelques étudiants. Comme on était dans la continuité des évènements réalisés avec l’ASSE, plutôt que de juste distribuer les ordinateurs aux étudiants, on a voulu faire quelque chose de plus beau. J’ai rappelé Thomas Granger, je lui ai expliqué mon idée, il était très partant. L’ASSE nous a offert une visite guidée du stade, par la suite les étudiants ont récupéré leurs ordinateurs dans les vestiaires des joueurs. Il y a eu une visite du Musée des Verts ensuite avec un goûter offert par l’association.
Que pouvons-nous vous souhaiter pour la suite personnellement et plus globalement pour les étudiants ?
Que les étudiants aillent mieux. Qu’ils puissent mieux vivre leurs études, qu’ils puissent réussir. Qu’ils puissent manger à leur faim. Pour moi, comme pour tout le monde, le bonheur, la réussite, les rires, beaucoup de joie.

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