Medjani : "Frédéric Antonetti avait mis son véto"
Né à Lyon mais formé à l'AS Saint-Étienne, Carl Medjani était un des joueurs les plus talentueux de la génération 85 à l'ASSE. Pourtant, il n'évoluera jamais avec les pros sous le maillot vert, la faute notamment à Frédéric Antonetti qui ne comptait pas sur lui, comme l'a raconté l'ancien vert, dans le podcast "FootballDay".
"J'ai eu la grande chance d'être issu d'une famille de sportifs. J'ai un papa qui était boxeur professionnel, j'ai une mère qui était athlète, professeur de sport. J'ai un oncle qui était en équipe de France d'athlétisme. J'ai ma petite sœur qui était au pôle espoirs de Nancy au water-polo. On a toujours baigné dans le sport. Avant de faire du football et pendant que je faisais du football, j'ai toujours fait plusieurs activités sportives. J'ai fait de la natation, de l'athlétisme, de la gym et de la boxe avec mon père [...].
C'est ce qui m'a donné je pense un temps d'avance dans ma jeune carrière, pour pouvoir me faire repérer par l'AS Saint-Étienne. Je jouais dans le club de mon village, en promotion d'excellence à l'époque. Je voulais aller jouer en Ligue dans un club voisin. Lorsque j'ai voulu quitter mon club, j'allais avoir 13 ans, un dirigeant m'a dit : "c'est dommage que tu veuilles partir du club pour pouvoir aller dans un club de région, mais qui n'est pas un club professionnel. Si tu as envie de partir, je pense que tes ambitions doivent être plus hautes, va voir un club professionnel (Saint-Étienne ou Lyon dans la région).
Un an auparavant, j'avais effectué les détections dans le comité Drôme Ardèche. J'avais plutôt performé et j'avais effectué un essai à l'OL. On ne m'avait pas pris mais on m'avait dit qu'on allait me suivre. Je suis retourné à l'OL faire des essais, parce qu'ils m'ont rappelé, j'ai été pris. Au moment où on m'explique qu'on va me faire signer mon contrat pour entrer en sport étude, on leur a dit qu'on était pas sûr de vouloir venir parce qu'on avait aussi Saint-Étienne, qui m'a demandé de venir faire des entraînements mais je n'avais pas encore la réponse pour savoir si j'étais pris au centre de formation.
J'ai finalement eu la chance d'être pris dans les deux clubs, mon choix s'est tourné avec mes parents sur l'AS Saint-Étienne. J'ai intégré en 1998 le centre de formation de l'AS Saint-Étienne.
J'avais une grande chance sur les autres, c'est qu'à l'âge de 13 ans je faisais déjà 1m78 pour 70 kilos. Je jouais devant, je plantais à tous les matchs. Je n'ai jamais été rapide mais lorsque j'étais petit, j'étais une flèche parce que j'étais plus grand que tout le monde. Par la suite, cette avance j'ai dû la combler par autre chose parce que plus tu avances vers le monde professionnel, plus cet étau se resserre. Lorsque tu as Lyon et Saint-Étienne, ça peut être compliqué de faire le bon choix, j'estime que j'ai fait le bon parce que j'ai signé dans un club qui m'a permis ensuite d'être professionnel.
J'ai passé cinq ans au centre de formation. Rapidement à partir des U15, j'ai commencé à faire partie des meilleurs joueurs français, puisque j'étais sélectionné en équipe de France des U15 jusqu'aux espoirs. À l'âge de 18 ans, deuxième année avec la Gambardella, la sélection etc, j'ai commencé à effectuer quelques entraînements avec les pros. On était en 2003, il n'y avait pas beaucoup de jeunes qui sortaient professionnels ou tout du moins, on ne faisait pas confiance à des gamins de 18 ans pour jouer en pro. L'ASSE était en Ligue 2 à cette époque-là. C'est vrai que Frédéric Antonetti avait mis son véto pour que je puisse monter avec le groupe pro, signer en pro parce que moi j'arrivais en fin de contrat aspirant à l'époque. J'étais demandé par pratiquement tous les plus gros clubs d'Europe. Je suis de la génération 85, une grosse génération à Saint-Étienne avec Loïc Perrin, Bafétimbi Gomis, Idriss Ech Chergui, Mahamadou Dabo. En équipe de France c'est Jimmy Briand, Steve Mandanda, Arnold Mvuemba, Guillaume Rippert, Rudy Haddad. Tous ces joueurs-là, s'entraînaient avec les pros. À l'époque on faisait moins confiance à un jeune pour le faire rentrer derrière que devant. Jimmy Briand lui commençait déjà à faire des entrées avec Rennes à l'époque. Je voulais être comme eux, faire comme eux. J'arrivais à 18 ans, je voulais m'entraîner avec les pros, jouer avec la réserve et je pense que j'avais le niveau pour pouvoir faire ça. Quand j'allais m'entraîner avec les pros, j'étais loin d'être ridicule. Sauf que la direction de Saint-Étienne et notamment Frédéric Antonetti n'avaient pas cette politique-là. Lorsque vous avez 18 ans, que vous êtes en équipe de France et que vous êtes sollicités par des clubs comme Manchester United, la Juventus, le Bayern Munich et Liverpool, forcément ça fait réfléchir. Liverpool c'était Gérard Houllier, l'ancien DTN de la Fédération Française de Football. Il avait un plan de carrière pour moi. Il n'y avait aucune raison que je ne réponde pas aux sirènes de ce club-là. Tout naturellement, j'ai signé à Liverpool. À l'âge de 18 ans, j'ai traversé la Manche et j'ai été en Angleterre avec un club très francisé. Gérard Houllier comme entraîneur, nous étions une grosse dizaine de joueurs francophones. Il y avait Anthony Le Tallec, Florent Sinama-Pongolle, Bruno Cheyrou, Djimi Traoré etc. L'intégration était facile.
C'était un kiff, je vais dans un club où Michael Owen vient d'être élu ballon d'or, Steven Gerrard qui n'est plus à présenter, Milan Baros, il n'y avait que des grands joueurs. Tu as 18 ans, on te dit non à Saint-Étienne, tu ne peux pas t'entraîner avec les pros, reste avec ta catégorie et qu'à côté de ça, tu as un club comme Liverpool qui te dit non, nous on croit en toi, tu vas t'entraîner avec les pros pendant deux ans, trois ans, par contre tu ne joueras pas avec les pros parce que tu n'auras clairement pas encore le niveau et la maturité pour pouvoir jouer avec les pros, donc tu joueras avec la réserve. Forcément, ça fait réfléchir."