Me Pierre Barthélemy : "L'incompréhension est totale"

Stade | Publié le par Tibo | 6 commentaires

En marge de la manifestation de samedi contre la dissolution des Magic Fans et des Green Angels, Me Pierre Barthélemy, l'avocat de l'Association Nationale des Supporters (ANS) et des groupes Stéphanois a répondu à nos questions sur la procédure engagée. Il nous fait part de son incompréhension.    


On se retrouve un an après quasiment. Comment peux-tu décrire cette nouvelle procédure de dissolution des Magic Fans et des Green Angels sur le plan juridique ? 

C'est de l'incompréhension. On a le sentiment que c'est plus politique que juridique. Il y a une volonté logique et sincère du ministère de l'intérieur de mettre fin de manière générale à des violences qui sont trop importantes dans le football. Une volonté de rationaliser les forces de l'ordre. On voit bien qu'il y a beaucoup trop de forces de l'ordre sur les matchs. Ce n'est pas agréable en tant que supporter et ce n'est évidemment pas optimal pour l'État. Juridiquement, l'outil choisi n'est pas le bon et matériellement non plus. Juridiquement, ce n'est pas un outil de sanction. Ce n'est pas parce qu'il y a eu des débordements qu'il faut sanctionner. C'est un outil qui dit que si les associations continuent d'exister, elles vont causer des troubles graves à l'ordre public. Quiconque connaît le fonctionnement des associations comme les Green et les Magic sait que ça n'a aucun sens. Ce ne sont pas ces associations qui créent des incidents. Ce ne sont pas non plus elles qui encouragent ou promeuvent ces incidents. 

D'un point de vue matériel, vous parlez à quelqu'un du renseignement territorial, aux préfectures, aux clubs, aux spécialistes du supportérisme, aux gens qui vont au stade, tout le monde vous dira que sans les groupes, ce sera beaucoup plus difficile de faire vivre un stade et d'assurer la sécurité des matchs. L'incompréhension est totale. 


Est-ce qu'il y a une explication au fait que les groupes stéphanois soient une nouvelle fois les seuls visés ?

C'est de nouveau de l'incompréhension. Si on veut partir dans une logique de dissolution massive de groupes ou d'associations qui créent des troubles en marge des rencontres de football, je pense que personne ne met les Green et Magic dans les cinquante premiers. Tout le monde connaît leur rôle fédérateur, de relai, le rôle associatif aussi, caritatif et social qui est fondamental. En revanche il y a des groupes qui ne sont pas des groupes d'animation de tribunes. Des groupes qui commencent à apparaître en marge des manifestations, qui revendiquent la violence, qui utilisent les réseaux sociaux pour se mettre manifestement en scènes de violences et ces groupes ne sont absolument pas inquiétés. C'est l'incompréhension. Si vraiment, c'est la sécurité le problème, que l'on commence par ceux qui sont vraiment là pour créer des incidents.

Les prochaines étapes, il y a la commission lundi, sur quoi les propos seront axés pour sauver les groupes stéphanois ? 

Devant la commission, le principal sera de rappeler que si le constat est le même sur le fait qu'il faut moins d'incidents dans le football français et moins de policiers déplacés, la solution choisie n'est pas la bonne. La solution est connue, c'est davantage de sanctions judiciaires. Il n'y en a que deux actuellement à Saint-Étienne. Il n'y a que deux supporters actuellement condamnés par la justice à Saint-Étienne ! Et davantage de dialogue. Aujourd'hui, les autorités étatiques ou préfectorales refusent de dialoguer avec les groupes de supporters. C'est difficile de reprocher aux groupes de supporters de ne pas faire davantage alors qu'il n'y a pas de dialogue. Montrer que tout ce qui est considéré comme des engagements qui ont été pris l'an dernier par les groupes de supporters ont été respectés. Ensuite, allumer un cierge parce que, parce que quel que soit le côté par lequel on prend le dossier, on ne comprend pas, que ce soit juridiquement ou matériellement, il n'y a aucune logique à ces mesures.

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