MC Pampille : "Tu pouvais tomber sur Moravcik avec son whisky-coca"

Club | Publié le par Evect | 2 commentaires

Seconde partie de notre interview avec le rappeur stéphanois MC Pampille qui vient de sortir son deuxième album, "Sur le banc de touche".

Dans votre dernier album, il y a un morceau qui fait référence au foot d'avant, vous ressentez une vraie nostalgie ?
"C'est lié à mon âge. Quand tu vieillis, tu as toujours ce sentiment. Je pense que c'était mieux avant parce que j'étais plus jeune, j'étais plus en forme, et j'avais plus l'occasion de faire le con. Donc c'est la mélancolie du gars qui vit, mais je trouve que c'était un peu plus folklo (sic). C'était aussi un peu plus drôle finalement. J'ai des souvenirs au stade, même à Geoffroy-Guichard, c'éait guinguette. On rentrait, on sortait, on se baladait dans les travées du stade. Il y a toujours eu des affrontements, mais tu peux ne pas être dedans. Il y avait quelque chose d'ultra festif. Il y a toujours eu beaucoup d'argent dans le foot, mais je crois qu'aujourd'hui le foot-business a pris une trop grande part. La Ligue est en train de casser ça, et elle s'en mordra les doigts. Quand il n'y aura plus de ferveur, les gens ne viendront plus au stade, tout simplement. Ils utilisent des images pour promouvoir leur produit, mais derrière, ils disent que c'est horrible. Ils tiennent deux discours hypocrites et opportunistes, tout en tapant sur les gens qui font vivre le foot. Ce blues vient peut-être aussi du manque de proximité avec les joueurs. Dans les années 90, tu pouvais sortir boire un coup et tomber sur Moravcik avec son whisky-coca. La professionnalisation a amené également d'autres contraintes."


"Les gens d'ici ont quelque chose qui les anime"


Outre le football, vous êtes également attaché à la ville de Saint-Etienne, et une chanson dénote dans cet album : « La vieille dame ». Vous vouliez tenter autre chose que le rap ?
"C'est une déclaration d'amour à cette ville déjà. Je voulais également faire un morceau autre que du rap. Avec d'autres groupes, j'ai eu l'occasion de faire du chant. En partant en Afrique, j'ai vu des mecs faire des choses mi-rap mi-chant, et je me suis dit qu'il y avait quelque chose à faire. Ça aurait été simple de le faire sur les Verts, chose que j'ai déjà faite, et pas super bien d'ailleurs. Depuis tout petit j'entends que Saint-Etienne est une ville triste et morose, sauf que j'y suis né. J'avais envie de lui déclarer ma flamme, c'est pas la plus belle ni là où il y a le plus de choses à faire, mais je m'y plais. J'ai pas besoin de la cité du design ou de soixante-dix lignes de tram, je ne pense pas que cela change l'âme. Les gens d'ici, quelque soit la classe sociale, ont quelque chose qui les anime. Si t'es tout seul à Saint-Etienne, tu peux bien vivre en te payant un appart pour pas cher, et si tu te fais chier, tu vas dans un rade, et tu vas trouver direct quelques collègues pour discuter et passer une soirée. Pour avoir vécu quelques années à Lyon pour mes études, ce n'est pas pareil. Il faut connaître, et c'est un peu plus froid. J'ai voulu laisser de côté l'humour, et faire un truc plus mélancolique."


"Un vieux qui essaie de faire le jeune, ça se voit toujours"


Musicalement, quels sont vos influences ?
"J'ai commencé à écouter du hip-hop en 1998. C'était le tout début du rap français, donc comme tous ceux de ma génération : NTM, IAM, Assassin, Lunatic... Et puis on écoutait beaucoup de rap US, le Wu-Tang, A Tribe Called Quest, Nas ou Cypress Hill. Dj Alain qui fait la plupart des prods, lui, est un grand fan de boom-bap, donc ses créations s'en ressentent. On a essayé de faire quelque chose de plus moderne avec DRK."

Sur quel genre êtes-vous le plus à l'aise ?
"Comme tous les vieux, ce serait plutôt un son boom-bap avec un BPM à 90. J'essaie de m'adapter, mais les jeunes qui m'écoutent faire de la trap doivent le remarquer, car ils ont l'oreille pour cela. De toute façon, un vieux qui essaie de faire le jeune, en musique ou avec les meufs, ça se voit toujours."

On sent que vous essayez de faire passer des messages dans certains morceaux, le costume de Pampille vous facilite la tâche ?
"Au début, on était vraiment sur la godriole, malgré le côté mélancolique du personnage. On privilégiait la forme au fond. Pour ce retour, on s'est dit que ce serait pas mal de l'approfondir. Il est drôle et naïf, mais il se révèle un peu moins naïf que ce que l'on avait imaginé. Je voulais aussi l'utiliser pour dire quelques trucs que je pense."


Sortie le 29 novembre, "Sur le banc de touche" est disponible chez Forum à Saint-Étienne, et dans toutes les bonnes boutiques culturelles.

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