Mahinc : "Ils ont envoyé la police avec les chiens policiers"

Club | Publié le par Corentin | 14 commentaires

Alexandre Mahinc est caméraman bénévole à l'ASSE depuis 1972. Depuis 49 ans, il a filmé toutes les rencontres du club dans le Chaudron. Véritable mémoire de l'histoire des Verts, EVECT l'a questionné sur cette fameuse épopée en Coupe d'Europe, les supporters ou encore le rachat du club.

Il y a 45 ans, les Verts battaient 3-0 Kiev en Coupe d'Europe (le 17 lars 1976), que pouvez-vous nous raconter de ce match ?

J'ai une petite anecdote sur ce match. Albert Huberman, qui parlait le Russe, était chargé d'accueillir les joueurs de Kiev. Il les avait emmené dans le magasin Monoprix. Ils avaient 50 francs à dépenser. Ils sont rentrés dans ce magasin et ils ont dit à Huberman : "mais tout ça on peut l'acheter ?" Ils ne connaissaient pas. Ils ont surtout acheté des bas nylon pour leurs épouses. Sur cette rencontre, il y a eu un but raté de Blokhine. L'ambiance était phénoménale mais à l'époque le stade n'était pas toujours plein pour les matchs de Coupe d'Europe. Le record du stade était de 47 000 et quelques spectateurs dans un match contre Lille. Mais quelques fois, on tournait à 35 000 personnes pas plus.


Comment avez-vous vécu cette épopée de 1976 en Coupe d'Europe ?

On devait jouer en demi-finale contre le PSV Eindhoven. Je ne pouvais pas partir pour tous les déplacements parce que je travaillais quand même à côté. J'avais un ami qui devait filmer le match à Eindhoven au stade Philips. Mais les Hollandais à l'époque demandaient, je crois, un million de centimes. Pierre Garonnaire ne voulait pas payer. Il disait au gars : "Continuez de filmer, continuez de filmer !" Les dirigeants d'Eindhoven n'étaient pas du tout d'accord. Ils ont envoyé la police avec les chiens policiers pour les faire sortir du stade. Pour cette fameuse rencontre, Curkovic a fait un match extraordinaire. Je me rappelle qu'il y avait un joueur qui s’appelait Edström à Eindhoven qui mesurait de deux mètres. Piazza disait : "Je ne pourrais jamais attraper une balle de la tête." Curkovic est sorti, il a malheureusement tapé la tête d'Edström et l'a assommé. Il a été obligé de sortir du terrain. Oswaldo Piazza pouvait alors sauter. Ce n'était pas volontaire du tout (rires) !


Avez-vous vécu un autre moment marquant durant ces années européennes ?

En 1980, on doit d'abord rencontrer en 16ème de finale Saint-Mirren qui est un club écossais. On n'avait aucune image de cette équipe. Le club m'a loué un jet privé. Je suis allé à Aberdeen au Nord de l'Ecosse qui devait jouer contre Saint-Mirren. Je suis parti avec Pierre Garonnaire et Robert Herbin filmer ce match.



Quel est le joueur qui vous a le plus marqué ?

J'ai bien aimé Rachid Mekhloufi. C'était un joueur qui était d'abord buteur. Il était parti en Algérie avec le FLN. Rocher est revenu le chercher alors qu'il était à Genève. Quand il est de retour, ce n'est plus du tout le même joueur. C'était un tacticien qui s'entendait extraordinairement bien avec Robert Herbin. Il y avait aussi Salif Keita. On dit qu'il est arrivé par hasard à Saint-Étienne mais pas du tout. C'était un supporter libanais qui travaillait à l'Ambassade du Liban à Bamako qui a signalé ce joueur. Il a dit : "Prenez absolument ce joueur. Il est phénoménal." Keita était déjà connu en Afrique sous le nom de Domingo. Un beau jour, l'attaquant débarque à Saint-Étienne. Il avait rendez-vous à Orly avec Pierre Garonnaire mais ils se sont manqués. Le Malien a demandé à un taxi de l'emmener à Saint-Étienne. Il n'avait pas d'argent pour payer le taxi. C'est le club qui a fait le chèque pour le taxi mais ils ne l'ont pas regretté. A mon avis, c'est le meilleur joueur qui soit passé à l'ASSE. Salif Keita est un joueur extraordinaire et un dribbleur formidable. Par contre, il était un peu fragile. Quand il jouait contre l'Olympique Lyonnais où il y avait le  "tendre" Domenech dans l'équipe, il mettait une paire de protège-tibia devant et une paire de protège-tibia derrière pour se protéger. Plus récemment, il y a eu Alex qui a été très bon avec Aloísio. Le meilleur gardien qui soit passé à Saint-Etienne c'est Curkovic. C'était un très grand gardien. Ruffier est quant à lui le deuxième meilleur portier stéphanois. Il nous a rapporté des points. 


Quelle est la meilleure ambiance que vous avez connue dans le Chaudron ?

C'était le match contre Split (victoire 5-1 des Verts en 8ème de finale de la Coupe d'Europe en 1974) . Et à Nantes, en Coupe de France, on avait perdu 3-0 là-bas. On a gagné 5-1 ici. L'ambiance de ce match était extraordinaire.


Avez-vous constaté une évolution des supporters du stade Geoffroy-Guichard ?

Mais bien sûr, cela n'avait rien à voir ! Il y avait de l'ambiance avant mais à mon avis les supporters étaient beaucoup plus sévères que maintenant. S'il y avait un joueur qui avait mal joué lors d'un match à l'extérieur, quand il revenait jouer à Geoffroy-Guichard, on lui disait : "À la Mine ! À la Mine feignant !" Il fallait qu'ils mouillent le maillot. Ce n'était pas la même ambiance. Maintenant c'est beaucoup plus jeune que ce ne l'était à l'époque. C'était moins regroupé. Avec les membres associés, nous étions la seule association de supporters à l'époque. Nous avons ensuite été fusionnés avec ce qu'on appelait les groupes de supporters.


Quelle est votre vision de l'échec de Médiapro en Ligue 1 ?

Ils se sont faits rouler parce qu'ils ont pensé que ça allait faire comme en Espagne. Finalement Mediapro n'avait pas l'argent. Ils ont fait une erreur, c'est de ne pas prendre une assurance là-dessus. À mon avis, ils ont cru au Père Noël. Quand Mediapro leur a proposé cet argent, ils ont dit c'est gagné. Les clubs ont déjà anticipé et acheté des joueurs par rapport à ce qu'ils allaient toucher. 


Comment voyez-vous le rachat de l'ASSE ?

C'est difficile. J'ai vu ce matin que Desjoyaux n'était pas intéressé (interview réalisée la semaine dernière, ndlr). J'aurais bien aimé que Desjoyaux reprenne la suite. Ce n'est pas évident à trouver. Saint-Étienne est un club familial. Prendre des investisseurs américains comme à Bordeaux, on voit ce que ça donne. Il faut bien se dire que maintenant, si les gens investissent de l'argent dans un club, c'est qu'ils veulent que ça leur rapporte. Il n'y a pas de secret.

 

Que pensez-vous d'un possible rachat du club par un financier étranger ou un fonds souverain ?

On est bien obligé mais il faudra qu'ils mettent beaucoup d'argent. Non seulement pour éponger un peu les dettes et s'il veut recruter il va falloir un peu d'argent. Si c'est comme le Paris Saint-Germain, il n'y aura pas de problèmes mais ça m'étonnerait qu'on en trouve un. C'est Bernard Caïazzo qui disait : Saint-Étienne n'est pas Nice et la Rivera ou Bordeaux avec le vin mais l'ASSE a une renommée.


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