Lopez : "La volonté de ne jamais décevoir les Stéphanois"
Aux côtés d’Ivan Curkovic, Christian Lopez s’est longuement confié à notre micro ce week-end. L’occasion évidemment pour lui d’évoquer l’épopée de 1976 mais aussi et surtout des liens créés autour de cette formidable aventure.
Christian Lopez : "On se voit au moins une fois par an avec les anciens verts à l’occasion de la compétition de golf que j’organise sur Saint-Étienne. En général c’est début septembre et ça nous permet de nous retrouver et de passer du temps ensemble, entre copains. Pour les festivités des cinquante ans de la finale, ça fait maintenant plusieurs jours que nous sommes au quotidien tous ensemble et ce sont des moments extraordinaires. On parle de fraternité, mais c’est vrai qu’il y a un lien énorme qui existe entre nous. Cela vient de ce qu’on a fait au niveau du foot, mais le bonheur pour nous c’est surtout de nous retrouver je crois. Grâce au club et la nouvelle direction du club, on a pu se rassembler à nouveau mais différemment puisque l'ASSE est à nos côtés, nous sommes ravis de cela. On a quand même marqué l’histoire du club, je ne veux pas parler de l’ancienne direction mais nous n’avions pas eu d’échanges et de retours comme ceux que nous avons depuis que le club a été repris.
La ferveur ici, c’est fantastique, un match de Ligue 2 avec 40 000 spectateurs un samedi soir, on a fait des séances de dédicaces toute la semaine, il y avait des gens qui venaient de partout, de Normandie, de l’Est, du Nord, du Gers, de Bretagne ! Ils arrivent la veille des matchs et ils repartent le lendemain… vous vous rendez compte ? On a toujours su cela sans en parler mais on savait qu’on n'avait pas le droit de passer à travers parce qu’effectivement, il y avait des gens qui venaient de loin. Quand tu vois cet engouement, je me demande, comment, quand on est joueur et quand tu as un public comme ça qui fait des kilomètres… comment tu peux passer à travers ? On avait, nous, chacun, ce respect du public. On était plus volontaires, plus efficaces grâce à cela. C’est ce qui a fait notre force pendant plusieurs saisons.
Aujourd’hui les mentalités ont changé, je ne veux pas dire que les joueurs de maintenant sont moins bons que notre génération, mais quand on est arrivé à Saint-Étienne à 16/17 ans, on habitait dans des appartements en ville et on s’entraînait avec les professionnels, tu avais interêt à te bouger et puis tu vivais au contact des gens, du quotidien qu’ils vivaient, avec les mines… D’où cet état d’esprit que nous avons toujours eu, celui d’essayer de ne jamais décevoir les Stéphanois.
Dans notre groupe, nous sommes toujours restés humbles, nous ne nous sommes jamais pris pour ce que nous n’étions pas. C’était important dans notre état d’esprit sur le terrain, même encore maintenant entre-nous d’ailleurs. On ne reparle jamais vraiment des matchs, il y a toujours des anecdotes évidemment, mais ça s’arrête là. Avec nos résultats, ce qu’on a fait sur le terrain, c’est certain que ça donné un état d’esprit différent au football français. Quand on a gagné un titre, deux titres, trois titres… autour de nous, les autres clubs se sont demandés pourquoi on dominait de la sorte, pourquoi les Verts sont toujours premiers et pas nous ? Ils ont pris de ce qu’il se faisait chez nous et notamment le travail athlétique. Ce travail athlétique en plus de nos qualités individuelles ont fait que pendant des années, on a été devant. Ensuite, quand autour de nous ça s’est mis au niveau, on a continué d’avoir des résultats, mais l’adversité était différente.
On a eu deux étrangers dans notre club, Oswaldo Piazza et Ivan Curkovic, si on a aussi tous progressé, c’est grâce à des joueurs de cette envergure. L’intelligence de notre jeune groupe, cela a été d’accepter les critiques de ces joueurs d’expérience… Ivan, il était là pour nous dire les choses… et avec Ivan, ça me concernait souvent (ndlr, Curkovic présent lors de l’interview le coupe : "T’étais le plus proche de moi sur le terrain aussi" rires). Quand il arrive chez nous, je venais de finir une demi-saison chez les professionnels et il y avait des gestes qu’il n’aimait pas trop que je fasse… J’ai mis un petit moment avant de le comprendre, il a beaucoup oeuvré pour que je réussisse dans ma carrière.
"