Jérémie Janot : "J'ai cru que le stade s'effondrait"

Anciens Verts | Publié le par Judi | 19 commentaires

Après avoir retracé sa carrière stéphanoise, Jérémie Janot évoque avec nous comment il est passé de l'autre côté de la barrière, et sa vision du poste de gardien.

Toujours dans cette idée, vous vous êtes retrouvés avec Stéphane Ruffier dans les pattes. Comment avez-vous vécu cette période ? Et comment la jugez-vous a posteriori ?
"Le truc c'est qu'au départ je dois être en concurrence accrue avec Jessy et que, à 35 ans, Ruffier débarque, il n'y a pas de contestation possible. Monaco vient de descendre, il est sur le marché, Saint-Étienne le prend. Ça a plus coupé les ailes de Jessy que les miennes. Je vais faire une saison au Mans, et c'était fini ensuite pour moi. Je n'ai pas de regret à ce niveau-là. Le club prend un gardien plus jeune et plus fort. Sans ça, je pense que Jessy aurait pris ma place au cours de la saison. Sauf que l'arrivée de Stéphane a mis tout le monde d'accord."


"Je n'ai jamais ressenti ça dans un match"


Votre départ était ineclutable, mais s'est révélé surprenant dans la manière dont il s'est fait. Au vu de la tournure de la saison, avez-vous des regrets sur ce choix ?
"On ne sait jamais comment les choses se passent. Ce qui me motivait, c'était de jouer et de me faire plaisir. Je signe un tout petit contrat là-bas. Je fais une très bonne saison en Ligue 2, et ensuite il y a cette relégation en DH pour des soucis financiers. Au milieu de tout ça, je me fracture la cheville au mois de mars. Déjà que je sentais que ça commençait à être dur physiquement, cette blessure a précipité ma fin de carrière. De toute façon, je me voyais jouer au maximum une année de plus."



Tout au long de cette carrière, vous avez collaboré avec Jean Dees. Comment qualifieriez-vous votre relation ?
"C'était un rapport père-fils avec tout ce que cela comporte. Il n'a jamais été complaisant avec moi. C'était quelqu'un de dur, qui m'a fait progresser en ciblant mes manques, et en entretenant mes points forts. On a beaucoup échangé, et j'aimais beaucoup sa vision du poste. Aujourd'hui, ma façon de voir l'entraînement de gardien s'inspire beaucoup de sa manière d'entraîner. Il était mon Jedi, et j'étais son Padawan. J'ai adoré l'entraîneur, j'ai adoré l'homme, et je l'adore toujours. Quand je vois ce qu'il fait avec son école de gardien... C'est un passionné du poste. Il a transmis cette passion d'entraîner. Aujourd'hui, j'ai plus la passion du poste en entraînant qu'en tant que joueur. Il n'y a rien de plus beau que de faire progresser un gamin. Je suis payé pour ça, mais ce que j'ai ressenti pour la première de Sonny Laiton chez les pros, c'était fort. Je n'ai jamais ressenti ça dans un match, alors que j'ai vécu de belles émotions."

"On est obligé de se renouveler"


Qu'est-ce qui vous a poussé à vouloir entraîner ?
"Je pense que l'on a ça en soi. Il faut avoir la fibre. Attention, entraîneur on est souvent dans la pression. Il faut concevoir, animer, savoir manager. Par exemple, quand un entraîneur se fait débarquer, je ne me moque jamais parce que je sais le boulot qu'il faut abattre. J'ai l'impression que cela devient de plus en plus dur. Le foot va vite, évolue, et je sais que mes entraînements d'il y a deux ans, sont obsolètes aujourd'hui. On est obligé de se renouveler, et d'être à la recherche permanente de nouveauté pour pouvoir rester dans le coup. Comme dit le célèbre philosophe Jean-Claude Van-Damme, il faut rester "aware".


Vous avez eu des expériences d'entraîneur principal à Firminy et Villars, mais aussi entraîner au centre de formation de l'ASSE. Avez-vous une préférence ?
"J'ai toujours passé mes diplômes pour devenir entraîneur des gardiens. Mais, quand j'ai coaché à 11, cela m'a aussi amené à évoluer dans la vision du gardien. Pour moi, aujourd'hui, mon gardien doit être gardien dans les phases défensives, et devenir un onzième joueur dans les phases défensives. Je me suis rendu compte qu'entraîner à onze, même à petit niveau, c'est compliqué. Parce que, ce que j'ai réussi à mettre en place à Villars, ça n'a absolument pas marché à Firminy. Je sais que j'ai fait des erreurs de management à Firminy, mais je serai incapable d'expliquer aussi bien la réussite à Villars que l'échec à Firminy. C'est là où j'ai le plus appris. Entraîner en amateur, c'est super compliqué, et aujourd'hui je suis dans le confort, mes ballons sont gonflés, mes terrains sont parfaits, mes gardiens sont des gladiateurs... Je tire mon chapeau aux mecs qui entraînent en amateur. Aujourd'hui, pour eux, ce n'est que de la contrainte, et que de l'amour du foot."

"Humainement on avait construit quelque chose"


En faisant le tour de vos souvenirs à l'ASSE, lequel est le plus marquant ?
"Sans hésiter, la montée de 2004 avec Fred Antonetti qui a remis l'église au centre du village. Saint-Étienne en Ligue 2, c'est une anomalie. À l'époque, personne ne nous voit monter. On finit meilleure défense au terme de trente-huit combats, et avec une masse salariale encadrée. C'était une saison, où sans être les meilleurs, mais humainement on avait construit quelque chose de solide. On était vraiment très dur à battre. Souvent, quand on menait 1-0, c'était plié. Je retiens l'aventure globale et puis ce dernier match contre Chateauroux avec le but de Bridonneau. Honnêtement, j'ai joué la coupe d'Europe à Geoffroy, mais ce jour-là, j'ai cru que le stade s'effondrait. Il faudrait demander aux supporters présents, mais j'ai jamais ressenti une telle vibration sur la volée de Bridonneau. Pourtant, on a battu le PSG 3-0, il y a eu des victoires contre l'OM aussi, mais c'était top. Il y a des joueurs aussi qui m'ont marqué, et qui sont devenus des amis comme Zoumana Camara ou Julien Sablé, et pour le talent je vais citer Pascal Feindouno, Didier Zokora, Blaise Matuidi ou Dimitri Payet, des joueurs extra-ordinaires. Voir aussi l'avènement de Loïc Perrin, Bafé Gomis, Josuha Guilavogui, ou Faouzi Ghoulam. Et aujourd'hui, ça me fait plaisir de voir que ces mecs vont m'envoyer un message sans raison particulière sur Insta pour échanger."

"J'ai toujours été un de ses soldats"


En parlant de réseaux sociaux, on a un peu parlé avec Patrick Guillou, et on voudrait savoir comment ce chambrage a démarré ?
"Il faut savoir qu'on se chambre depuis toujours. On le faisait dans le vestiaire. Il y avait les Timberland qui était à la mode à l'époque, et Patrick était venu avec des imitations dans le vestiaire, et j'avais appelé ça des "Crimberland". Bon, derrière, il m'a chambré aussi et on aimait ça, et un jour on a transféré sur Twitter. Des fois, je ne m'y attend pas, je reçois une notification, et je me dis "ah ouais il m'a bien allumé". Des moments, j'enregistre même des vidéos uniquement dans ce but-là. C'est un grand frère pour moi. C'est quelqu'un que j'écoute, et que je respecte énormément. Quelqu'un de brillant."

Julien Sablé vous voit aussi comme son confident.
"C'est un ami sur qui je peux compter, et il sait qu'il peut compter sur moi. C'est un peu la relation capitaine-vice-capitaine que l'on avait sur le terrain. J'ai toujours été un de ses soldats. Lui, c'est un bosseur qui se remet toujours en question. J'étais très malheureux de ce qu'il s'est passé lorsqu'il a repris l'équipe avant Jean-Louis Gasset. Je suis convaincu qu'il fera un très bon entraîneur. Pour moi, il a eu les cojones de prendre le truc par amour du club. De toute façon, c'est un poste qui est difficilement refusable. La chance pour Julien c'est d'être adjoint avec top coachs. Il va progresser à vitesse grand V."


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