Gastal : "Georges Bereta ? Il incarnait Saint-Étienne"

Anciens Verts | Publié le par Joris | 4 commentaires

L'AS Saint-Étienne a perdu une légende hier soir : Georges Bereta s'est éteint à l'âge de 77 ans des suites d'une longue maladie. Philippe Gastal, l'historien du club, est revenu à notre micro ce midi sur l'immense joueur mais aussi homme qu'était Georges Bereta

Dans un premier temps, Philippe Gastal évoque l'arrivée de Georges Bereta à Saint-Étienne : "On peut parler de monument avec Georges Bereta, ambassadeur à vie de l'AS Saint-Étienne, une légende du club. Lui le petit polonais qui jusqu'à l'âge de 16-17 ans pensait qu'il était même étranger. Son père est arrivé dans un premier temps à Saint-Étienne, pour travailler dans les mines, après il a travaillé dans les aciéries. Il était de la région de Cracovie en Pologne. Il était Saint-Étienne, il incarnait Saint-Étienne. Il habitait Saint-Étienne évidemment dans le quartier en bas de Montreynaud, Molina et dans le Marais. Il était apprenti armurier dès l'âge de 14 ans. Il était très doué pour le football, à partir de là il a intégré dès l'âge de 12 ans l'équipe minime de l'AS Saint-Étienne. Il a disputé la finale de la Coupe Gambardella en 1964 et en 1966, Jean Snella, l'entraineur, lui fait confiance pour sa première lui qui a un peu plus de 20 ans. C'est une revanche quelque part sur la vie lui qui est arrivé modestement, humblement de Pologne. C'est une anecdote qui est souvent reprise, parce qu'il avait beaucoup d'humour Georges : il disait : "en fait je m'appelle Beretowski mais quand on a quitté Cracovie, les skis prenaient trop de place dans le train, on a laissé les skis sur le quai de la gare donc je me suis appelé Bereta" (sourires)."


Ailier gauche, il faisait des misères aux arrières de l'époque. L'historien du club a tenu notamment à rappeler son palmarès pharaonique avec l'AS Saint-Étienne : "C'était un pur ailier gauche avec des cuisses d'haltérophile, une frappe de balle phénoménale. Sur le terrain, c'était un roc. On ne bougeait pas Georges Bereta ! Il y a certains ailiers qui craignent certains arrières latéraux, lui il était craint par les arrières latéraux. C'était l'inverse. C'était le petit devenu grand. Il était très apprécié par ses coéquipiers. Une fois qu'il est entré dans l'équipe première, il n'est plus jamais ressorti. Il a six titres de champion de France, trois Coupe de France avec l'AS Saint-Étienne. Un palmarès unique. Certains rêvent de remporter une Coupe de France, de remporter un championnat, il en a neuf... Un palmarès exceptionnel."

Georges Bereta n'a pas uniquement fait le bonheur des Verts, mais aussi celui des Bleus. Philippe Gastal se souvient en particulier de deux anecdotes : "En parallèle, il rentre en équipe de France en 1967, et jusqu'en 1975 il va porter 44 fois le maillot frappé du Coq, en étant 12 fois capitaine. En 72 pour le premier match au Parc des Princes, il rencontre l'URSS. Quand vous connaissez l'histoire de la Pologne par rapport à l'URSS... La France va battre l'URSS, un à zéro, un but sur coup-franc, un but de Georges Bereta. Quel fierté ! (...) Début 74, il est capitaine de l'équipe de France et ce jour-là, il se déplace en Pologne, chez lui, sur la terre de ses aïeuls. Il y a l'hymne français, il chante l'hymne français. Il y a l'hymne polonais, il chante l'hymne polonais."


Le brassard de capitaine, il l'a également porté avec le maillot vert sur les épaules. Une confiance qui lui est donnée à l'époque par une autre légende du club, Robert Herbin : "Deux ans auparavant (en 72, ndlr), un autre homme de légende devient entraineur de l'AS Saint-Étienne : Robert Herbin. Il le nomme capitaine de l'AS Saint-Étienne. Lui le petit polonais, capitaine de l'AS Saint-Étienne. Souvent il racontait que son père travaillait aux aciéries derrière, il s'asseyait sur le toit des aciéries, il regardait jouer le fiston. En 74, il est le capitaine du doublé. Il remporte le doublé 68, 70 et donc le doublé 74. Il est capitaine, c'est lui qui va recevoir la Coupe des mains de Valéry Giscard d'Estaing. Dans la foulée, on dispute la Coupe d'Europe des clubs champions. Le 18 septembre 74, on reçoit en 16ème de finale, le Sporting Portugal. Il dispute certainement ce jour-là son plus beau match sous le maillot vert. Un match de classe mondiale ce jour-là, son adversaire direct avait pris un carton et dieu sait que pour voir sorti un carton à l'époque il fallait en avoir fait. Il l'a fait tourner en bourrique."

Le but de Bereta face à l'URSS (à 1 heure et 17 minute de la vidéo)


Georges Bereta est également de la partie lors du match qui a forgé la légende des Verts, le match retour face à Split en Coupe des clubs champions : "Le tour suivant on tombe contre l'Hadjuk Split. Dans le bourbier de Split, on prend la marée, 4-1 ! Mais sur l'avion du retour, il y croit, il motive ses garçons, ses hommes. Il va les conduire à cette première remontada du football français. Ce match référence, le début de l'épopée. Ce match qui reste à jamais la rencontre qui a réveillé le football français ! Si Roby les motivait, les préparait, l'âme de l'équipe c'était Georges Bereta le capitaine. Et ils éliminent Split et le football français est décomplexé. Il a véritablement participé au renouveau du football français."

Néanmoins, Georges Bereta gardera en travers de la gorge à vie un épisode du côté du Forez, son transfert à l'OM : "Malheureusement, quelques semaines après, à contre-coeur, il est transféré à l'Olympique de Marseille. Lui, le pur stéphanois, il ne comprenait pas. Lui qui aurait dû disputer le tour suivant face à d'autres Polonais, de Ruch Chorzów, non il doit partir à Marseille. Il en est malade et la cicatrice, jusqu'à la fin de sa vie ne s'est jamais refermée."


Cependant, Georges Bereta ne cessera jamais de faire vivre et de suivre son club de coeur, son club de toujours, l'AS Saint-Étienne : "Il a crée l'amicale des anciens verts, il revient à Saint-Étienne, on revient toujours un peu à Saint-Étienne, beaucoup d'anciens. Lui, avec sa générosité qui le caractérisait dans la vie, comme sur le terrain, il s'est dit : "Je vais créer une amicale, qui va réunir tous les anciens, avec cette solidarité, cette générosité. On va faire des matchs, on va aider les personnes en difficulté, on va faire des matchs caritatifs." 40 ans après, l'amicale existe toujours. On doit beaucoup à Georges Bereta. Il a été après au conseil d'administration mais surtout dans les bureaux, à la formation ici. On retient l'homme : il allait dire bonjour à tout le monde, il avait un mot pour tout le monde, il avait une anecdote pour tout le monde. Il racontait toujours des blagues, il était la joie de vivre. Il suivait évidemment tous les matchs à Geoffroy-Guichard et ailleurs. Il incarnait Saint-Étienne, il était Saint-Étienne ! On vient de célébrer les 90 ans du club, si un joueur incarne Saint-Étienne, il est tout en haut. Et tout en haut, il est parti et il a rejoint Robert Herbin, rejoint Gérard Farison un autre stéphanois pur jus. Je pense qu'ils ont beaucoup d'histoires à se raconter."

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