Fousseni Diawara : "La religion m'impose un cadre sain"

Anciens Verts | Publié le par Judi | 34 commentaires

Ultime volet de notre entretien au long cours avec Fousseni Diawara, qui nous parle de son après-carrière, et des choix à faire rapidement pour se mettre à l'abri. Désormais sélectionneur adjoint du Mali, il détaille les principaux axes de son travail.

Désormais vous êtes impliqué dans la sélection malienne, en quoi consiste votre poste ?
"Pour remettre les choses dans le contexte, j'ai commencé avec le Mali en novembre 2001, et ma dernière sélection était janvier 2015. En quatorze ans, j'ai vu beaucoup de choses, vécu une CAN à domicile, la seule d'ailleurs, en 2002. Ma dernière CAN, en 2015 en Guinée Équatoriale, on finit sur un match nul contre la Guinée, et il s'avère que nous sommes à égalité parfaite avec eux à l'issue de ce match pour la deuxième place de la poule. Et nous sommes éliminés au tirage au sort, ce qui fut une déception immense à 34 ans. Ce jour-là, j'arrête complètement ma carrière. À ce moment-là, le président me propose spontanément un rôle d'entraîneur adjoint que je refuse parce que je n'ai aucun diplôme. J'ai finalement accepté un poste de manager général. C'est un rôle qui paraît vague, mais qui comporte beaucoup de responsabilités. Je connaissais les problématiques de la sélection et les axes d'amélioration que je pouvais amener. J'ai passé mon BEF en parallèle avec l'UNFP, et j'ai eu un déclic dès le premier jour. Cela me donnait l'occasion de comprendre certaines choses que je ne comprenais pas pendant ma carrière. Aujourd'hui, je cumule donc les deux postes, il y a une partie tactique et je vais également observer les joueurs de la sélection. J'effectue des rapports au sélectionneur sur les joueurs que l'on peut éventuellement intégrer dans la sélection nationale. Je vais voir les bi-nationaux, les jeunes maliens également. On a déjà intégré une quinzaine de joueurs dans les championnats majeurs. On aide aussi ces joueurs dans leurs choix de carrière, dans la manière d'aborder les compétitions."



Vous parlez d'intégration, aujourd'hui le terme bi-national est souvent utilisé. Vous avez connu cela aussi, quel fut l'accueil qui vous a été réservé les premières fois ?
"J'avais eu la chance d'aller au Mali en vacances à 16 ans, et la deuxième fois c'était à 21 ans pour la sélection. La première a sans doute déclenché la deuxième d'ailleurs, même si à 16 ans je rêvais de l'Équipe de France. Une fois qu'elle est devenue championne du monde, le rêve s'est agrandi. Qu'on le veuille ou non, on est attaché aux deux pays. La France m'a beaucoup donné, et mes parents sont originaires du Mali, donc quelque part, je le suis aussi. Le choix n'a pas été difficile puisque je n'avais pas les qualités pour jouer en Équipe de France. J'en ai pris conscient très tôt, et au pays, il n'y avait aucun problème avec cela."

C'est un choix par défaut, ou bien c'est qu'on ne sait pas faire le choix, et donc l'aspect sportif décide pour vous ?
"Ce n'est pas par défaut, mais si j'avais eu les qualités pour jouer avec la France je l'aurai probablement fait. Parce que, quand on est né en France, qu'on a grandi et été éduqué en France, même si on a des origines d'un autre pays, ce n'est pas scandaleux de jouer pour la France. Pourtant, je ne regrette pas du tout mon choix. On peut prendre l'exemple de Momo Sissoko qui a choisi de jouer pour le Mali dès 19 ans, alors qu'il avait sans doute le niveau de l'Équipe de France. Au final, quand on décide de défendre les couleurs d'un pays, ce ne peut être qu'un choix de cœur quelqu'il soit. Je savais que j'allais rendre fier ma famille, mes grands-parents là-bas en jouant pour le Mali. Je l'ai fait avec fierté y compris lorsqu'il y a eu des pressions quand la CAN arrivait en Janvier, où certains clubs font comprendre qu'au retour on ne sera pas titulaire."


"Je me suis donné la chance de faire les choix moi-même"


Quand on a fait une carrière en naviguant entre la D1 et la D2, est-ce que financièrement, on a suffisamment accumulé pour ne plus travailler ensuite ?
"Tout footballeur qui a eu une carrière de 15 ans peut avoir mis suffisamment d'argent de côté. J'ai eu cette chance, mais j'ai surtout eu la chance de rencontrer des personnes qui m'ont aidé à penser à l'après-football. Ces premières personnes, je les ai connues à Saint-Étienne. Quand un Lionel Potillon te dit de faire attention aux gens que tu vas rencontrer, un Laurent Huard qui me dit de réfléchir à certains placements, Patrice Carteron lui me prévenait de ne pas dépenser mon argent en boîte de nuit, je ne peux que les remercier. J'ai pu être propriétaire, avoir un salon de coiffure sur Saint-Étienne. J'ai la chance aussi d'avoir des projets dans la restauration, d'avoir investi dans l'immobilier dans plusieurs pays. Je me suis donné les moyens d'avoir un après-carrière confortable. J'ai fait tout cela grâce aux conseils des anciens qui avaient cette intelligence de faire les choses différemment des jeunes aujourd'hui qui, malheureusement, sont souvent mal conseillés et prennent les mauvaises décisions. Je me suis aussi donné la chance de faire les choix moi-même sans que personne ne me mette la pression. Il y a la famille aussi qui aide avec l'éducation donnée."

La religion peut aider aussi ?
"Je suis musulman, et la religion m'interdit certaines choses, ce qui m'impose de conserver un cadre sain. Pour être un bon professionnel, il faut rester dans ce cadre. Ça ne veut pas dire que je ne suis pas sorti durant ma carrière, bien sûr que j'ai déjà fait la fête avec mes copains, mais je ne l'ai jamais faite avant un match. Après oui. Ça fait partie des choses que je déconseillerai aux joueurs. Après, il y a des contre-exemples, et certains ont besoin de cela pour s'épanouir sur le terrain, mais ils sont rares."


Pour terminer, on a vu Steeve Marlet revenir au Red Star, est-ce que c'est l'un de vos objectifs ?

"Le club a eu la gentillesse de m'ouvrir ses portes pour apprendre le métier d'entraîneur. J'étais adjoint de leur U19 pendant un an grâce à MM. Hadid, Robert et Marlet. J'ai été reçu comme à la maison, j'ai toujours été fidèle à ce club, même en habitant à Saint-Étienne. Si un jour, je dois apporter ma contribution au club, je le ferai sans hésiter, et ce n'est même pas une question financière."

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