Fousseni Diawara : "J'étais dans un club qui allait très mal"

Anciens Verts | Publié le par Judi | 5 commentaires

Retraité des terrains, l'ancien défenseur stéphanois, Fousseni Diawara, nous parle de la naissance de son amour pour le ballon rond, mais aussi de la manière dont il a réussi à gravir les échelons.

Comment êtes-vous arrivé dans le foot ?
"En fait, je suis issu d'une famille de huit enfants. J'ai grandi en banlieue parisienne, à Pierrefite-sur-Seine exactement. Quand on vient de la banlieue, comme loisirs, on se tourne naturellement vers le sport et la musique. Ce sont les choses les plus accessibles. Mon grand frère, qui est l'exemple de la famille, a commencé à jouer au foot, le deuxième également, et moi, qui suis le troisième, j'ai naturellement voulu jouer aussi. Petit, on joue à l'école, dans le quartier, et puis ensuite j'ai pris une licence dans mon club. En Seinte-Saint-Denis, le club phare, c'est le Red Star, qui regarde régulièrement dans le département pour se renforcer et former de jeunes joueurs, et j'ai été repéré à l'âge de dix ans. Je n'étais pas un surdoué mais j'ai toujours eu cette passion. Jouer c'était une chose, mais j'ai regardé les coupes du monde, les Euros. J'ai baigné dans le football car mon papa le mettait à la télé quand il rentrait à la maison. Il préférait voir ses enfants regarder le foot que d'être dehors."


"J'ai toujours eu cette hargne"


Quel fut votre cheminement au Red Star ?
"On m'a demandé de faire des essais, qui ont été concluants, avant de franchir les catégories petit à petit. À 16 ans, on m'a proposé un contrat d'aspirant puis stagiaire, et avec le travail j'ai gravi les échelons. Je suis rentré au centre de formation, le club m'a fait prendre conscience que j'avais des possibilités à long terme. Quand à seize ans, on vous propose le dilemme suivant : arrêter les études, se consacrer à fond au football et passer des diplômes d'entraîneur en parallèle, ou continuer l'école et le football, mais se donner moins de chance. J'en ai parlé avec mes parents, et j'ai cru qu'ils allaient tout de suite me dire de rester à l'école, mais non. Ils ont compris que j'étais plus fait pour le football, et surtout que j'aimais ça par-dessus tout. À partir de là, j'ai commencé à m'entraîner tous les jours, avec des joueurs plus âgés que moi parfois. Le premier tournant intervient l'année où le Red Star descend en National, le club a encore plus fait confiance aux jeunes. Donc à 18 ans, je suis monté avec l'équipe professionnelle. Je suis titulaire lors du premier match, puis cela s'enchaîne, et je fais une saison complète. Il s'avère que cette saison-là, le Red Star avait signé un partenariat avec l'ASSE où les meilleurs jeunes pouvaient aller là-bas."

Est-ce que pendant cette période-là vous avez connu des moments de doute ?
"Je pense que tout footballeur peut avoir des moment doutes, le plus important, c'est que cela ne dure pas longtemps. Lorsqu'il a des moments de doute, c'est sa force de caractère qui doit prendre le dessus. On a pu me reprocher beaucoup de choses durant ma carrière, mais certainement pas mon mental. Depuis tout jeune, j'ai toujours eu cette hargne. La religion fait aussi partie de cela, et ça m'a servi tout au long de ma carrière. Quand on grandit dans une banlieue difficile en Seine-Saint-Denis, qu'on voit certains copains qui prennent le mauvais chemin à quinze ou seize ans, on veut se battre pour réussir à faire quelque chose de bien. On veut montrer qu'on est fort et rendre fier ses proches. J'ai su mesurer la chance que j'avais d'être dans un centre de formation, et ne pas l'oublier lorsque ça allait moins bien."


"J'étais trop jeune pour comprendre ce qu'il se passait"


À Saint-Étienne, vous avez connu plusieurs postes. Souvent quand on est gosse, le poste de défenseur n'est pas celui qui fait rêver, avez-vous des joueurs qui vous ont inspiré ?
"J'ai toujours été polyvalent. J'ai du jouer quasiment jouer à tous les postes, cela faisait partie du petit plus quand j'étais jeune. L'entraîneur pouvait compter sur moi partout. Je servais d'exemple parfois, car je ne rechignais jamais à aller sur un nouveau poste, et je me battais pour mon équipe. Ça m'a suivi de dix ans à trente-cinq ans. J'ai commencé défenseur central pour mon premier match avec l'ASSE, face à Marseille au Vélodrome contre Weah au marquage. Dans la même saison, j'ai joué milieu défensif à côté de Julien Sablé, et un peu plus tard, lorsque Elie Baup est arrivé, j'ai joué arrière droit. Patrice Carteron était en fin de carrière, le club avait recruté Javier Garrido de Valence, qui n'avait pas donné satisfaction, et le coach m'avait testé à Bastia. J'avais déjà joué plus jeune à ce poste, même si ce n'était pas mon poste préférentiel à Saint-Étienne. Il s'avère que cela a été un choix concluant puisqu'on gagne 3-0, et il me donne sa confiance. J'ai pris du temps à trouver mes marques, car j'avais certaines lacunes offensives pour dribbler, centrer. J'ai du travailler dur et je crois que je suis arrivé à maturité sur le poste à 30 ans, lorsque j'ai signé à Ajaccio."

Comment avez-vous vécu cette première année au club au milieu de l'affaire des faux passeports ?
"C'est vrai que c'est assez bizarre parce que je découvrais le haut niveau, et un grand club avec un environnement très populaire. C'est allé très vite pour moi, et j'arrive dans un vestiaire où il y a des stars. Je ne me suis pas plus posé de question, j'ai voulu montrer mon caractère et que je n'étais pas là par hasard. La saison est bizarre car sur un plan personnel, j'ai 20 ans et je joue une vingtaine de matchs et marque deux buts en D1. On me considère comme la révélation de la saison 2000-2001, donc je suis plus focalisé sur moi que sur les problèmes extra-sportifs. J'étais trop jeune pour comprendre ce qu'il se passait, et je ne voulais pas m'éparpiller. J'ai beaucoup appris, et cette saison m'a aidé pour la suite de ma carrière. Une fois que cette intégration au haut niveau était acquise, j'ai pris du recul et j'ai constaté que j'étais dans un club qui allait très mal. Il y a les faux passeports, la relégation en D2, un budget divisé par deux, des joueurs qui quittent le club, de l'instabilité chez les dirigeants... Cela m'a attristé, mais je me suis dit que ce n'était pas fini, et je voulais tout faire pour me battre et faire remonter le club. C'était mon objectif."

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