Fousseni Diawara : "J'aurais dû m'excuser auprès des supporters"

Anciens Verts | Publié le par Judi | 20 commentaires

Suite de notre entretien avec Fousseni Diawara. Le latéral stéphanois évoque son passage à Saint-Étienne, et revient sur le fameux épisode marseillais où il oublie son maillot dans le vestiaire du Vélodrome.

Au final, n'y a-t-il pas le regret d'avoir raté la remontée ?
"Honnêtement, à aucun moment je n'ai eu des regrets. Au contraire, j'étais vraiment content pour le club. Je savais qu'en Ligue 1, ça allait être super à Saint-Étienne et il me restait une année de contrat. J'étais persuadé également que j'allais revenir plus fort avec ce prêt à Laval. Je fais une saison là-bas en jouant régulièrement, je marque trois buts, je deviens international malien, je joue la Coupe d'Afrique où on fait une demi-finale. C'est une saison pleine. Le premier jour où je reviens, je rencontre Damien Comolli qui est le directeur sportif et me fait part des intentions du club qui ne compte pas sur moi. À ce moment-là, je n'avais même pas fait un entraînement. C'était le matin à 10 heures, et l'après-midi il y avait entraînement à 15 heures. On fait la première séance avec Élie Baup, et à la fin il vient me voir en me disant : "ça y est je me souviens de toi, tu avais joué contre nous, Bordeaux, à l'époque". Et je vois que son regard a changé. J'étais persuadé d'une chose : c'est que je pouvais m'imposer. On parlait de cette force de caractère, quand Damien Comolli m'a demandé de trouver un club, je crois qu'il n'aurait pas du. J'étais venu motivé, mais il m'a donné un surplus de motivation. J'aimais ce club, et je voulais à tout prix réussir dans ce club avant de partir."


"Quand on perd un ami très proche, on peut être secoué"


Avec Élie Baup justement, il y a cet épisode où vous n'avez pas votre maillot sur le terrain, comment avez-vous vécu les jours qui ont suivi, et est-ce quelque chose que vous avez payé à terme ?
"Alors, avant de parler des jours qui suivent, je vais parler des jours précédents. Le lundi ou mardi j'apprends le décès d'un ami à 21 ans, et la veille du match, j'apprennds un autre décès. Le football, c'est toute ma vie, mais dans la vie, il y a des choses encore plus importante que le football, la famille, parfois les amis. Quand on est jeune et qu'on perd un ami très proche, on peut être secoué. Donc, ce match à Marseille, j'étais remplaçant. C'était une saison où j'avais beaucoup joué, j'étais titulaire quasi indiscutable, mais j'étais sur le banc cette fois. Malgré tous ces évènements, j'avais essayé de faire abstraction même si c'était difficile. Donc, avant le match, j'encourage tout le monde dans le vestiaire y compris Loïc Perrin qui était à mon poste, et en sortant j'oublie mon maillot. On va sur le terrain, et Loïc est gravement touché et doit sortir. Au moment où il sort, je suis à l'échauffement, et je pense que j'ai mon maillot sur moi, et je m'aperçois que ce n'est pas le cas lorsque j'enlève ma veste. Malheureusement, le vestiaire du Vélodrome est très loin, donc le temps que l'intendant aille le chercher et revienne, Marseille avait marqué. Sur le coup, c'était difficile, même moi je ne sais pas comment j'ai fait pour oublier mon maillot. On perd 2-0, et derrière les médias et tout le monde au club se demandent ce qu'il s'est passé. Au club, les gens connaissaient mon professionnalisme, je n'ai jamais rechigné ou contesté le choix d'un entraîneur. Ce n'est pas parce que j'étais remplaçant que je n'ai pas pris mon maillot. Il y a une seule chose que je n'ai pas fait en public, c'est m'excuser auprès des supporters. Je pense que j'aurais du le faire, et si je ne l'ai pas fait, les dirigeants auraient dû m'inviter à le faire. Cela a créé de l'incertitude dans la tête de beaucoup de gens, mais nombreux étaient aussi ceux qui n'ont pas douté. Je suis passé à autre chose, mes coéquipiers aussi. On a certes perdu trois points, mais il y a pire dans la vie. Je peux simplement dire une chose, c'est qu'Élie Baup a été très classe. On a eu un entretien où il m'a demandé ce qu'il s'était passé. Je me suis juste excusé sans tout lui dévoiler. Ce à quoi il m'a répondu qu'il m'avait vu encourager tout le monde, mais qu'il était obligé de me sanctionner car les gens ne pourraient pas comprendre si j'étais titulaire au match suivant."

Vous ne l'avez dit à personne à ce moment-là ?
"Je ne l'ai jamais dit pendant ma carrière, même au club. Il n'y a qu'un ou deux joueurs qui le savaient. Je ne regrette pas de l'avoir gardé pour moi, mais j'aurais dû m'excuser auprès des supporters. Après, au fond de moi, j'étais convaincu que j'allais me rattraper. Et, je l'ai fait. Pour tous ceux qui ont suivi le match suivant contre Marseille, on a gagné 4-1 en Coupe de la Ligue et je marque le premier but. Pour moi, la plus belle revanche est là. C'est pour ça que j'ai le cœur léger par rapport à ça."


"C'est ma plus grosse fierté"


Saint-Étienne est le club où vous avez le plus joué durant votre carrière, sans être tout le temps titulaire. Pourquoi être resté ?
"C'est une question intéressante. Les gens ne peuvent savoir, comprendre ce que c'est que d'être dans ce club et de porter ce maillot. Cette chance-là, je l'ai mesurée le jour où j'ai mis les pieds à Saint-Étienne. On était venu gagner avec le Red Star à Geoffroy-Guichard, puis je suis revenu avec ce maillot, faire des entraînements devant 1000 spectateurs, mettre trente minutes pour rentrer aux vestiaires parce qu'on signait des autographes aux gens, me faire arrêter dans la rue. J'ai appris l'histoire du club dès que je suis arrivé en achetant des cassettes vidéos. J'ai eu la chance d'être entraîné par Patrick Revelli avec la réserve. J'ai beaucoup de respect pour les anciens, et l'héritage qui a été laissé par tous ces anciens, Beretta, Salif Keita, Patrick Revelli pour ne citer qu'eux, est énorme, et cela doit rester encore aujourd'hui. Quand un joueur signe à l'ASSE, il doit comprendre ce qu'est vraiment ce club. J'étais prêt à être ramasseur de balle, j'étais prêt à tout faire, même à nettoyer les vestiaires. Aujourd'hui, je suis supporter de l'ASSE, et je suis Parisien. Je suis devenu supporter. Quand je vais voir un match, j'agis comme un supporter, j'oublie même que j'y ai joué. Je veux que les joueurs se battent. Lorsque je jouais en déplacements avec la réserve, certains pros me demandaient ce que j'allais faire là-bas, mais moi j'étais content de jouer. J'ai gardé un maillot de chaque année où j'étais ici. Des amis m'en demandent mais je les garde car les autres, je les ai déjà donnés. Je peux parler de n'importe quel match que j'ai joué. J'ai vécu cette histoire avec l'ASSE et c'est ma plus grosse fierté. Quand j'étais petit, je supportais le Red Star, et maintenant je supporte aussi l'ASSE. J'ai vécu des moments très forts, peut-être pas les meilleurs car j'ai vécu des trucs très forts avec le Mali."


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