Curkovic : "De tout ce travail, on a gardé de l'amitié et de l'amour"

Histoire | Publié le par Paul. R | 8 commentaires

Plus grand portier de l’histoire de l’AS Saint-Étienne, Ivan Curkovic était à notre micro ce week-end autour des festivités pour le cinquantenaire de l’épopée de 1976. L’occasion pour le doyen des "anciens verts" d’évoquer ses souvenirs et son arrivée dans la Loire.

Ivan Curkovic : "On a du mal à imaginer qu’un demi-siècle est passé depuis cette finale. C’était notre grande réussite, une réussite pour le club, une réussite pour la ville de Saint-Étienne. Nous sommes souvent réunis ensemble, on est heureux de se voir régulièrement, de se retrouver. On ne parle plus de nos souvenirs de joueurs, nous sommes des amis désormais, on discute de la vie, de la santé. Ce que je retiens de cette épopée, c’est cela finalement, l’amitié très forte qui est restée au fil du temps. Nous sommes des frères.

Je suis arrivé en France, j’avais 30 ans et déjà une longue carrière derrière moi puisque j’avais signé mon premier contrat en 1964 à Belgrade. À l’époque, on ne pouvait pas quitter la Yougoslavie avant 30 ans, j’ai donc du attendre mais ça m’a forgé une redoutable expérience. Quand je viens à Saint-Étienne, autour de moi, il y a des jeunes, inexpérimentés, et donc je pouvais facilement transmettre les choses. En Yougoslavie, il y avait un point fort dans notre football : la tactique. C’était très évolué, très en avance sur l’époque, mais, le problème c’était qu’il n’y avait pas assez de physique. À Saint-Étienne, c’était totalement l’inverse, tout le monde courait mais tactiquement, c’était moins évident. J’ai installé et disposé les joueurs comme ça me paraissait le plus logique, Oswaldo sur le côté droit avec la responsabilité du marquage, Janvion à gauche comme un libéro.


J’ai une anecdote sur notre match face à Split en 1974/1975, avec Merchadier et Janvion qui devaient gérer Ivo Šurjak, l’attaquant de l’Hajduk. C’était un très grand joueur, tu lui laisses un mètre il te passe sans problème, à l’aller on perd 4-1, donc au retour j’attrape Janvion et je lui dis… écoute, je ne veux pas te voir à moins de 50 cm de lui pendant tout le match et Šurjak n’a pas touché le moindre ballon à Geoffroy-Guichard et nous avons gagné ce match retour (ndlr, 5-1). Tout cela pour expliquer que tactiquement, il a fallu faire progresser cette jeune équipe talentueuse. Robert Herbin était notre entraineur, mais j’ai été, je pense, son bras droit sur le terrain. Je n’ai jamais dirigé les autres, simplement j’étais le garant de la bonne exécution des choses tactiques que nous avions décidées. Saint-Étienne a ouvert un horizon de football tout à fait différent pour France et pour l’Europe entre tactique et physique.


Dans une carrière de joueur de football, on peut toujours apprendre des choses différentes et positives. Saint-Étienne a été une ville qui était de base très sportive, qui vivait pour le football donc c’était simple de s’adapter. Il a fallu pour moi, s’acclimater à la ville, au club qui était très bien guidé, notamment par Herbin, Paret, Garonnaire et Rocher. Ils nous ont beaucoup aidé pour devenir de grands professionnels. On a posé, tous, les petits cailloux pour trouver une bonne équipe et une tactique qui convenait à ce club. De tout ce travail, on a gardé une grande amitié, de l’amour.


Saint-Étienne ça a été un phénomène quand même… depuis je n’ai jamais vu cela. On parle d’argent dans le football moderne mais nos moyens de l’époque à nous, c’était très limité. Maintenant, la donne est différente, vous avez des grandes fortunes du Moyen-Orient qui débarquent, sponsorisent et il n’y a pas de limite. Je ne dis pas que nous n’avons pas bien vécu, pas bien gagné notre vie, mais l’époque était différente. Pour autant ce que je constate ce que le football en lui-même n’a pas tellement changé. Le football total dont on me parle si souvent, c’était déjà le cas à l’époque. Tout cela pour expliquer que ce que nous avons fait, ce n’est pas l’argent qui l’a fait, nous avons su créer un esprit stéphanois unique et particulier avec l’aide d’une ville, d’un stade, et d’une unité sportive extraordinaire. J’ai continué dans le football en tant que dirigeant, je peux l’affirmer, Saint-Étienne, c’est quelque chose qui ne s’est plus fait ailleurs."

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