Convention collective : un tournant pour le football féminin français
C'est une avancée majeure pour le football féminin français. Après plusieurs années de discussions, la première convention collective dédiée aux joueuses professionnelles a été officiellement signée au début de l’été. Elle doit marquer un tournant dans la structuration de la discipline.
Ce texte dote enfin les footballeuses d'un cadre social harmonisé, comparable à celui dont bénéficient depuis longtemps leurs homologues masculins. Contrats de travail, rémunération minimale, protection de la maternité, congés, droit à l'image, renforcement des garanties en cas de maladie, d'arrêt de travail et de blessure, accompagnement de la reconversion ou encore conditions de travail : la convention fixe des règles communes à l'ensemble des clubs. Elle doit aussi mettre fin aux disparités qui subsistaient entre les structures et offrir davantage de sécurité aux joueuses.
Au-delà de sa portée juridique, cette signature envoie un signal fort : le football féminin professionnel français franchit une nouvelle étape dans sa professionnalisation et se dote des outils nécessaires pour accompagner sa croissance et renforcer son attractivité. Questionnée sur le sujet à la sortie de l’entrainement cette semaine, la joueuse de l’ASSE, Héloïse Mansuy voit d’un bon oeil la signature de cette convention collective : "J’ai envie de dire enfin... Nous sommes très contentes. On a pu en discuter avec les joueuses, c’était quelque chose de nécessaire, nous essayons depuis longtemps de faire bouger les choses. L’UNFP a grandement travaillé, c’est très bien et on espère que cela va continuer en ce sens."
Un sentiment partagé par son entraineur Yannick Chandioux, qui pose cependant quelques réserves sur une application générale dans toutes les structures : "Je suis peut-être un peu paradoxal dans la façon de voir les choses mais avant, les joueuses étaient professionnelles, elles le sont toujours depuis la signature de la convention. Sur les avancées, il y a certaines situations qui sont favorables aux joueuses désormais et ça c’est bien. Il faut cependant faire attention à la mise en place et avoir une réflexion peut-être un peu plus lointaine et ne pas mettre les clubs dans une situation où trop d’exigences peuvent mettre en péril le football féminin.
On parle beaucoup de structures dans la difficulté ces dernières semaines, moi je vois aussi des clubs qui progressent, on ne le dit pas assez. Des clubs mettent aussi des moyens sur le football féminin, plus qu’il y a un an, plus qu’il y a deux ans et du coup il y a une progression. Cette convention va peut-être avec cette progression et c’est très bien mais attention pour les autres car mettre quelque chose en place sans que ce soit concrètement réalisable, cela peut être dangereux. On ne peut que constater que le football français avec la baisse des Droits TV est en difficulté, faisons attention.
Surtout le schéma économique du football féminin doit se développer avec une stratégie claire. Aujourd’hui, nous sommes encore trop sous perfusion du foot masculin. Je crois à une économie du football féminin. Pour cela, il faut travailler, ce n’est pas simplement en, en parlant. Il faut des actes. Cette convention collective est un acte concret pour les joueuses. Regardons de près les choses, cela ne va pas révolutionner la discipline, dans les prochains mois, on ne va plus en parler car les choses existaient déjà dans de nombreuses structures. Je pense forcément à Saint-Étienne, pour avoir une petite expérience dans ce milieu, ce qu’il se fait ici est très bien (ndlr, la section féminine est indépendante économiquement des résultats des garçons). Il faut maintenir les choses et accentuer cela pour le futur. Ça passe chez nous par une montée, ce ne serait pas la première fois mais derrière, mettre les moyens nécessaires pour y rester. Avant cela, nous avons une saison de travail, on pourra peut-être en parler dans quelques mois."
