Bernardoni : "Je lève la tête, un stadier me dit : Là, il faut courir"

Anciens Verts | Publié le par Tibo | 3 commentaires

Paul Bernardoni a vécu une expérience intense de six mois à l'AS Saint-Étienne, ponctuée par une descente en Ligue 2 après une soirée cauchemardesque dans le Chaudron face à l'AJ Auxerre. 

Dans Histoires de Foot le Podcast, celui qui garde désormais les cages de l'Amiens SC revient sur son aventure stéphanoise et notamment sur cette dernière rencontre qui s'est terminée dans le chaos : "Saint-Étienne a vent que le coach en poste à Angers ne va pas me refaire confiance tout de suite. Loïc Perrin m'appelle et me dit "si tu veux un challenge pour six mois, pour nous sauver, tu viens". Pascal Dupraz m'appelle, il m'explique que ce sont deux jeunes gardiens et que pour jouer à Saint-Étienne, il faut de l'expérience, que c'est compliqué, que ça secoue. Il me demande si ça me dit, et je réponds oui. Je me dit qu'Angers n'acceptera pas et en deux jours, c'est fait. Je suis prêté, le coach angevin a accepté et je me suis fait prêter comme ça. 


Quand j'arrive, c'est tendu. Petit à petit, on prend des points. On sort même de la zone rouge à un moment. Malheureusement, on y retourne et le dernier match, c'est contre Nantes. Si on gagne, on est barragiste et si on fait match nul, on l'est également parce qu'on savait que Metz jouait au Paris Saint-Germain, on se doutait bien qu'ils allaient perdre. Il fallait que nous, dans tous les cas, on fasse un résultat. C'était un match où je le dis sincèrement, tu es dans le couloir tu te dis : "rate le pas, si tu perds, c'est fini". Je fais un super match, on fait un partout, on égalise à la fin. Je me souviens encore, parce qu'on était resté à l'hôtel le soir, on repartait le lendemain. On a atterri à l'aéroport, on voit des CRS de partout. Le mec de la sécu' me dit "on avait prévu le double si on avait perdu. 


On fait le barrage, on fait un partout à Auxerre et on perd aux tirs au but au retour, horrible. Pendant le match, je suis en train de jouer, on est dans les prolongations et je me dis : "ils sont mieux que nous physiquement". Tu sentais qu'il fallait qu'on aille aux pénos. On a eu beaucoup d'occasions pendant le match, malheureusement on ne les a pas mises. À la fin on pêchait, eux faisaient des sorties de balle etc. On tient, on va à la séance de tirs au but. Ce n'est pas nous qui démarrons, premier tireur on rate. Auxerre de son côté, marque, marque, je pars deux fois du bon côté mais ils sont plutôt bien tirés. Je n'en arrête pas un et on perd. Je me souviens, je m'écroule. Tu es dégoûté, même de toi dans ces moments-là. Je lève la tête et un stadier me dit : "Là, il faut courir". Là tu vois, je ne pourrais même pas te dire combien de gens, je vois des sièges qui prennent feu, je suis sur le côté, je cours, des gens courent vers moi et me demande mon maillot. Toi tu es dans le truc, c'est dangereux. Je passe derrière les CRS et je pense que c'est là où c'est le plus dangereux. Des barrières, des CRS qui tombaient, je descends il y a un amas de fumée, des gaz tu en as plein les yeux et je rentres dans le vestiaire. On est tous enfermés dans le vestiaire. J'ai dû sortir du stade à 4h30 du matin. C'est arrivé plusieurs fois dans la saison, après un match nul ou une défaite, on devait attendre. C'est comme ça. Tu es dans le truc sauf que là, c'est fini. Pour le coup, tu ne te rends pas compte du truc et à la fois, tu t'en rends compte à ce moment-là et tu te dis "c'est chaud". 


Je connais certains joueurs d'Auxerre qui sont venus me voir, ils m'ont dit : "courage, nous on va être escortés, soyez prudent." Je me souviens sur un autre match, on avait perdu contre Reims je crois, les supporters nous attendaient, c'était un peu chaud. Vu qu'ils ne partaient pas tout de suite pour faire diversion entre guillemets, on avait pris nos voitures, on avait roulé sur Geoffroy-Guichard pour sortir par une autre porte dérobée, phares éteints. On avait dû suivre un itinéraire et chacun avait pu ensuite rentrer chez soi. C'est une autre vie. C'est frustrant, tu te dis que ça se joue aux pénos. Tu fais une remontée assez exceptionnelle et malheureusement ça se joue à ça."

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