ASSE - Avant les barrages, KSV au rendez-vous de sa crédibilité

Club | Publié le par Paul. R | 10 commentaires

Deux saisons, une relégation, trois coachs, près de 50 millions d’euros investis sur le marché des transferts, un remaniement profond des infrastructures de L’Étrat, le début d’aventure de Kilmer Sports Ventures (KSV) à la tête de l’AS Saint-Étienne n’est pas de tout repos. Cette semaine, les nouveaux dirigeants, jouent une grande partie de leur crédibilité et de celle du projet stéphanois.

S’il y a bien une critique qu’on ne peut pas faire aux nouveaux propriétaires des Verts, c’est qu’ils ont mis les moyens, financiers d’abord avec une grosse activité sur le marché des transferts, mais également humain avec une volonté de professionnalisation du club à tous les étages, de la communication au marketing, en passant par le pôle médical et le sportif.


Sans départ majeur du club dans les bureaux, y compris les décisionnaires mis en place par Romeyer et Caïazzo, anciennes et nouvelles têtes se côtoient depuis deux saisons maintenant. L’Étrat devenu trop étroit pour accueillir les renforts Kilmer, souvent arrivés en provenance de l'étranger, a contraint les nouveaux dirigeants à pousser les murs et entreprendre des travaux majeurs au Centre Sportif Robert-Herbin. La priorité a été donnée au bâtiment des professionnels, remis à neuf, l’été dernier, en attendant de nouvelles structures.


Cette modification en profondeur engagée par KSV, tout en gardant un maximum de gens en place est de l’extérieur pour le moment assez difficilement lisible. Tout a changé mais rien n’a changé. L’armée mexicaine teintée de vert est conséquente certes, mais on s’y perd au moment de comprendre concrètement qui fait quoi. Le club qui avait commencé les communications officielles sur les recrues dans l’encadrement afin d’en expliquer son fonctionnement, s’est vite résigné depuis. Sportivement par exemple, jamais le staff stéphanois n’a été aussi peuplé et les avants-matchs à Geoffroy-Guichard ou bien encore les entrainements ouverts au public laissent entrevoir parfois des scènes cocasses, avec quasiment un membre de staff par joueur présent. L’AS Saint-Étienne est passée dans la dimension des gros clubs, sur-staffés et structurés autour de la performance.


Le problème, c’est que la performance pour le moment n’est pas au rendez-vous. Emmené par Ivan Gazidis, Huss Fahmy et Jaeson Rosenfeld, le projet "step by step" de reprise de l’AS Saint-Étienne, à défaut de les monter, descend pour le moment les escaliers. Une première saison compliquée sportivement et une relégation en Ligue 2 auraient dû sensibiliser la bande de Larry Tanenbaum à la réalité des exigences du football hexagonal. Le choix de la continuité et le développement d’un système de jeu à la stéphanoise emmené par Eirik Horneland, arrivé après le licenciement de Dall’Oglio, ont poussé les dirigeants à maintenir le tableau de marche engagé à leur arrivée. Notamment sur le recrutement, avec des prospects issus de l’outil Data de Rosenfeld, payés à prix fort dans des championnats extérieurs.


Pour le moment, ce choix n’est pas gagnant, sur les 50 millions d’euros investis en deux ans et la vingtaine de joueurs recrutés, difficile de mesurer une véritable évolution. L’ASSE s’est créée des actifs, certes, mais ensuite ? Quand certains ne progressent pas dans les équipes jeunes, les autres qui n’avaient pas passés le cap en Ligue 1, ne le font pas plus en Ligue 2. L’éclaircie Boakye, Davitashvili recruté par Perrin et Stassin par intermittence ne suffisent pas à justifier l’investissement total de départ. Ligue 1 ou Ligue 2, le board envisage d’ailleurs un sérieux remaniement de cet effectif pour la saison prochaine, qui n’a pas donné satisfaction et dont on a mesuré très vite les limites, notamment sur le poste de latéral avec quatre joueurs recrutés (Ferreira, Traoré, Stojkovic, Annan). Aucun n’est titulaire, investissement total 10 millions d’euros.


Enfin, en ce qui concerne le projet de jeu à la stéphanoise souhaité par Fahmy lors de l’intronisation d’Horneland fin 2024, il a été mis aux oubliettes pour laisser place à plus de pragmatisme sous Montanier. Le technicien norvégien parti en cours de saison ne laissera pas un grand souvenir aux supporters des Verts, coupable, d’avoir été le soldat trop parfait de sa direction. Son licenciement, sous fond de communication en crève-coeur du club, saluant sa loyauté, en est l'ironique conclusion. Horneland, a fait à la lettre tout ce qu’il lui a été demandé, y compris quitter l’AS Saint-Étienne.

Première véritable marche arrière de Kilmer depuis la reprise du club, les dirigeants stéphanois, confrontés à des résultats sportifs médiocres en Ligue 2 au regard des objectifs du club, sont revenus à des choses plus concrètes cet hiver, sans renier totalement leur identité pour autant. Les arrivées de Montanier, Le Cardinal s’inscrivent dans une volonté de stabilité et de connaissance de l’environnement local, celles de Kanté et Soumahoro davantage dans l’ADN Kilmer, mais cette fois-ci avec des recrues francophones, déjà passées dans des clubs de Ligue 2 plus jeunes.


Insuffisant pour autant, pour s’assurer une montée par la grande porte en Ligue 1. Ce groupe, épuisé physiquement et mentalement avec une reprise anticipée le 19 juin dernier a couru après son objectif toute la saison et y a laissé des plumes dans les moments qui comptent. Troisièmes les Verts ont à nouveau joué à se faire peur contre Rodez, Brice Maubleu inspiré s’est chargé du reste, entretenant l’espoir d’une remontée en offrant au peuple vert une double confrontation face à Nice.


Pour la première fois de la saison, les Stéphanois ne seront pas favoris sur ce match, mais Kilmer Sports Ventures joue gros. Descendu dans un relatif anonymat et dans un calme peu commun des tribunes stéphanoises, l’année dernière, un nouvel échec sportif devrait laisser place à plus de défiance des supporters stéphanois. Les MF91 face à Rodez : "KSV : audit raté ? Arrogance ? À tout miser sur la data, on ne voit pas l’ombre d’un résultat", ont emboité le pas des GA92 un peu plus tôt dans la saison face à Clermont : "Kilmer : qui mène la barque pour éviter un nouveau naufrage ? L’ASSE ne s’achète pas, elle se respecte".


Au Mans, le parcage exprimait son mécontentement affichant : "On s'attendait à une écurie de vainqueurs, on se retrouve à bord d'un sacré manège", et régulièrement au Centre de formation cette année, les supporters ont pointé du doigt les incohérences du projet : "Direction en télétravail, joueurs en boîte de nuit, entraîneur à la rue, sans changements, c’est le naufrage assuré à Sainté". Contre Amiens, la tribune Jean Snella confirmait en référence à son tifo "sorties de route", le climat qui commence à s’installer entre la direction et les gradins du Chaudron : "Deux ans de travail et de patience pour des résultats catastrophiques à tous les niveaux. KSV vous dormez au volant, il serait temps de vous réveiller !"


Mardi soir, Geoffroy-Guichard fera le plein pour la récéption de l’OGC Nice, et tous les regards des observateurs extérieurs seront braqués sur Saint-Étienne et l’ambitieux projet, sur le papier, de KSV. Les Verts ont deux matchs pour enclencher enfin la dynamique structurelle entrevue lors du rachat du club, il y a deux saisons, quelques jours seulement après le but libérateur de Wadji lors du barrage retour à Metz. La donne est simple : franchir un premier step concret dans le développement de l’AS Saint-Étienne, car si Kilmer travaille, si Kilmer investit, sportivement, pour le moment, la copie est à revoir. Relégation des Féminines, plus mauvais résultats des équipes de jeunes engagées dans les championnats nationaux depuis quinze ans, difficultés à prolonger les joueurs à potentiel du Centre de Formation, gestion catastrophique et silence gêné autour du dossier Pierre Ekwah l’été dernier, sont autant d’exemples de la difficulté d’intégration de Kilmer dans le Forez.


Tout n’est pas parfait, mais pour autant et on ne peut pas lui enlever, cette direction tente des choses et s’installe lentement. Il ne reste plus qu’à régler la mire, assumer ses choix et tomber dedans. Demain c’est loin chantait IAM en 1997, visiblement encore plus à Saint-Étienne qu’à Marseille.

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