Exclu : Riou : "On a savouré le bonheur, la joie profonde d'être dans ce stade majestueux"

Pros | Publié le par Florian | 27 commentaires
Il y a quelques jours, Yoann Riou, journaliste sportif à l'Équipe a passé une nuit dans une tente sous un froid de canard sur la pelouse de Geoffroy Guichard. Questionné par nos soins, ce grand passionné de football est revenu sur cette opération unique, exceptionnelle qui lui a laissé de très beaux souvenirs.
Comment est né le concept de #RiouNeRepondPlus et pouvez-vous nous l'expliquer ?
"En 2010, alors que j'étais correspondant permanent de L'Equipe en Italie, j'avais adoré ce qu'avaient fait deux journalistes de la chaîne de télé Sky Sport Italia. Ils étaient partis de Milan, siège de cette chaîne, pour aller à Madrid, ville qui accueillait la finale de la Ligue des champions entre l'Inter Milan et le Bayern Munich. Ces deux reporters ont fait le voyage en stop, et racontaient au gré des émissions leur périple dans la bonne humeur, avec beaucoup de joie. On voyait leurs rencontres avec des passionnés de foot en Italie, en France, en Espagne. J'avais trouvé leur pélerinage jubilatoire, et je m'étais dit que je ferai un jour un voyage avec la même philosophie. Je n'avais pas été loin de le faire pour le journal L'Equipe il y a 3-4 ans, mais sans le concrétiser. Et là, quand j'ai vu que la Ligue proposait un dimanche 25 février magnifique avec OL - Saint-Etienne et PSG - OM, j'ai proposé à mes chefs l'idée d'un road-trip en stop entre Marseille et Paris, en passant par Saint-Etienne et Lyon notamment. J'ai proposé l'idée d'un voyage plein de vie, où l'on donnait la parole aux passionnés de foot, connus ou pas connus, joueurs, ex-joueurs, bénévoles, coaches de district, dirigeants, supporters, arbitres, amoureux de sport. L'idée, c'est que ce soit eux qui nous emmènent avec leur voiture de Marseille à Paris en racontant leur football, qu'ils nous accueillent chez eux. Je suis un fan absolu du programme télé ''J'irai dormir chez vous'', et cette émission avec Antoine de Maximy est fantastiquement inspirante. Un programme magique. J'ai beaucoup pensé à son émission pendant ce voyage. Evidemment, ce qu'il fait est absolument insurpassable, et d'une qualité absolue. Nous, avec nos petits moyens, on voulait au moins avoir l'esprit de ''J'irai dormir chez vous''. Et j'adore également le programme ''Nus et culottés.'' Nous, on est partis à trois. J'ai fait ce voyage avec Pierre Esquer, journaliste reporter d'images et Jean-Arnaud Murphy, Community Manager à L'Equipe. Une sacrée et fabuleuse aventure humaine. Notre souhait, c'était de faire vivre et partager au maximum notre aventure sur les réseaux sociaux, la chaîne L'Equipe et le site de L'Equipe. Et on a mis en place une adresse mail où les gens pouvaient nous écrire et nous proposer de nous prendre en stop, de nous héberger. "  
 
Dans le cadre de ce voyage, vous vous êtes arrêtés du côté de Saint-Etienne. C'était un arrêt obligatoire dans votre itinéraire ? 
"Oh oui ! Impossible de ne pas passer par Saint-Etienne !!! Nous sommes partis de Nîmes le lundi 19 février avec un passage à Marseille, où l'on a pu passer une heure en voiture avec un Adil Rami formidablement disponible. Nous avons dormi le lundi soir au domicile d'une famille marseillaise d'amoureux de foot. Un régal absolu, avec des gens tellement adorables. La maman nous avait préparé un repas succulent ! On est passé ensuite par Valence notamment avant d'arriver à Grigny, dans le Rhône, pas trop loin de Lyon, le mercredi après-midi 21 février. Là, on a rencontré Nicolas, un supporter de l'OL passionnant qui partait quelques heures plus tard en Espagne assister au match entre Villarreal et l'OL. Puis, Nicolas nous emmené à Givors, considéré symboliquement comme la frontière entre le peuple des Verts et celui de l'OL. A Givors, on a rencontré Hervé Revelli, fantastique légende des Verts. Meilleur buteur de l'histoire de l'ASSE, 3e meilleur buteur de l'histoire du Championnat de France. Immense bonheur ! Je suis né en 1978, et donc je n'ai pas pu connaître les épopées des Verts dans les années 70. Mais mon père était un grand fan des Verts et a pleuré de tristesse sur le but de Fairclough à Anfield contre Sainté en 1977. D'ailleurs, dans le garage chez mon père, au mur, il y a un papier vintage de L'Equipe sur l'ASSE. Je fus super heureux de cette rencontre avec Hervé Revelli au pied du pont de Givors. L'ex-attaquant s'est montré super ouvert, nous racontant plein d'anecdotes. Un bonheur d'interview. 
 
Que s'est-il ensuite passé ?
"Nous étions alors tout proches de Saint-Etienne. C'est Pierre Victoire, qui bosse au stade Geoffroy-Guichard, qui est venu nous chercher à Givors en voiture. Et on a fait le trajet avec lui jusqu'au Chaudron. J'ai alors découvert Pierre, un mec formidable, chaleureux qui a été d'une grande aide pour nous jusqu'au lendemain. On est arrivé à Geoffroy-Guichard, stade où je n'ai encore assisté à aucun match. J'étais venu en reportage à Saint-Etienne et à l'Etrat deux fois en 2013, en lien avec la grave blessure qu'avait subie Jérémy Clément. Mais sans jamais entrer dans ce stade mythique. Et on a commencé notre voyage dans cette enceinte fabuleuse en visitant le musée des Verts. Alexandre Mahinc, bénévole inestimable et si gentil, nous a guidés à travers ces pans d'histoire des Verts. Des anecdotes servies si joliment et j'ai appris plein de choses sur ce club."
 
Vous avez ensuite passé une nuit dans le Chaudron. Comment vous est venu cette idée et qu'est ce que vous en retenez ? Vous êtes seulement le 4ème à réaliser ça.
"Ah, la fameuse nuit à Geoffroy-Guichard ! Dès que j'ai eu l'idée de ce road trip, je voulais absolument passer une nuit à Geoffroy-Guichard, sur la pelouse. C'était un truc hyper important pour moi, et je ne saurai vraiment expliquer pourquoi c'était la première envie que j'avais par rapport à ce pèlerinage foot. Je suis quelqu'un de très, très nostalgique et mélancolique par rapport au sport, et j'adore l'histoire, le passé dans le foot. Mais je suis un enfant des années 80, ainsi passer du temps à Saint-Etienne me permettait de replonger dans les années 70 de mon père. J'ai contacté Nicolas Parent, du service de presse de l'ASSE, je lui ai exprimé mon souhait, et il a contacté les autorités compétentes à Saint-Etienne afin d'obtenir l'autorisation. Et quand Nicolas m'a rappelé quelques jours plus tard pour me dire que les autorités étaient ok, j'étais hyper ému, et joyeux. C'était une immense nouvelle. Je dois absolument remercier Jean-Jacques Fradin, directeur de Geoffroy-Guichard, qui a donné son accord avec le maire de Saint-Etienne, Gaël Perdriau. J'avais eu plusieurs fois au téléphone et par mail Jean-Jacques Fradin qui s'est mis en quatre, avec Pierre Victoire, de la sécurité de Geoffroy-Guichard, pour que l'on passe la meilleure nuit possible dans ce stade. Ils ont été sensationnels ! Et ainsi, on a pu passer la nuit, dormir dans ce lieu mythique. On m'a dit que j'étais la 4e personne à avoir eu ce privilège, cet honneur. Il y avait eu avant nous Jérémie Janot et sa fille ainsi qu'un supporter. Jérémie m'a d'ailleurs raconté deux jours plus tard à Auxerre dans une vidéo sa nuit à Geoffroy-Guichard."   
 
Comment s'est passée cette nuit ?
"Déjà, c'était super d'être à Geoffroy-Guichard un soir de Ligue des champions. Il y avait ce soir-là FC Séville - Manchester United et Chakhtior Donetsk - AS Rome. Et nous, on était en plein dans le Chaudron qui a accueilli tant de soirées européennes de légende. Ce match de légende, gargantuesque, contre le Dynamo Kiev, en quart de finale retour de la C1 en 1976 ! Ce centre en retrait de Patrick Revelli pour Rocheteau qui marqua dans la prolongation… Ce mercredi 21 février, alors qu'il faisait hyper froid, je me suis mis en short d'un club chilien, en tee-shirt et j'ai fait quelques tirs sur la pelouse de Geoffroy-Guichard ! Seul au monde ! Je planais ! On a tourné une vidéo pour l'émission L'Equipe du soir, de la chaîne L'Equipe. Et j'ai marqué du gauche à Geoffroy-Guichard. Bon, mon tir était pourri, à ras de terre, alors que je rêvais d'une frappe en pleine lucarne. Mais qu'importe, j'ai manifesté ma joie en labourant un peu le terrain par une glissade que j'ai tant appréciée ! Pendant dix secondes, je me suis senti le numéro 9 des Verts réussissant un but ! Le paradis ! Grâce à Pierre Victoire et Jean-Jacques Fradin, un canapé rouge avait été mis sur le terrain et j'ai pu me lover dans ce divan magnifique ! Trop de bonheur ! J'étais comme à la maison. Il ne manquait plus qu'à mettre un frigidaire dans la surface, et j'étais dans mon appart !"    
 
Avez-vous pu dormir en dépit du froid ?
"On a installé une tente dans un des buts de Geoffroy-Guichard. Puis, avec mes compagnons de reportage, Pierre Esquer et Jean-Arnaud Murphy, on a savouré le bonheur, la joie profonde d'être dans ce stade majestueux. On s'est promené un peu, on a mangé dans les vestiaires des arbitres des pizzas que nous avait commandées Pierre Victoire. On est allés dans le vestiaire de Saint-Etienne, et là, on m'avait réservé une belle surprise, avec en fond sonore le tube de Monty, Allez les Verts. J'ai dansé, je me croyais au California, une boîte en Bretagne où j'avais remué un peu du popotin pendant mon adolescence. Puis, j'ai mis quelques couches de vêtement avant de filer sous la tente, sur la pelouse, dans un des deux buts. J'avais déjà complètement la crève avant ce road trip, alors ce reportage de 7 jours sur les routes de France n'a rien arrangé, mais je m'en fiche complètement, j'étais un enfant tellement heureux ! Sous la tente, je ne croyais pas en ce rêve réalisé, je pensais à tous ces matches de légende qui avaient eu lieu ici. Puis, je me suis endormi. Et vers 2h30, 2H45, je ne me rappelle plus exactement, je me suis réveillé. J'avais comme l'impression d'être sur la lune. Et j'ai vu que j'avais complètement perdu ma voix. Je suis alors allé me réchauffer dans le couloir super bien chauffé du stade, et je me suis allongé sur le fameux canapé rouge. J'ai pris des corticoïdes pour ma crève et j'ai pris du miel et là, j'ai dû dormir une heure et demie. Avant, vers 4h30, 4h45, de revenir sur le terrain, et de me recoucher sous la tente, dans le but. Stéphane Ruffier a le privilège de passer 1h30 par semaine près de ce but. Moi, j'ai pu avoir une nuit magique dans le Chaudron. Vers 6h30 je crois, je me suis de nouveau réveillé sur cette pelouse et là, j'ai marché sur la pelouse assez longuement. Et j'ai kiffé ! Là, c'était magique. Fin de la nuit, lieu mythique, seul sur Mars, ou plutôt dans Geoffroy-Guichard. Moment immense de plénitude. Et fierté d'avoir pu réaliser ce rêve ! Grâce à l'aide de personnes formidables, attachantes."
 
Comment s'est finie cette nuit ? 
"Au petit matin, Pierre Victoire, du service sécurité de Geoffroy-Guichard, est revenu nous voir avec plein de pains au chocolat et de croissants. On était comme des rois avec mes deux compagnons de voyage ! Je me suis douché dans le vestiaire des arbitres et il était alors temps de quitter cet endroit, sous quelques flocons de neige. Pierre nous a emmenés à l'Etrat, où nous avons rencontré une autre légende des Verts, Georges Bereta, dans un troquet. Super moment avec lui, avant de filer au centre d'entraînement des Verts. Et là, nous attendait un ancien joueur des Verts, Pascal Feindouno, qui nous a pris en stop ! Et on a fait dans sa voiture la route jusqu'à Lyon, et on a même pu entrer dans Gerland et fouler la pelouse de cet ancien stade de l'OL. Pascal Feindouno a été super sympa, drôle, très attachant, tellement disponible. Avec de la bonne musique en toile de fond."
 
Que vous évoque l'AS Saint-Etienne ?
"Avant tout, un souvenir d'ado. Il y avait eu une cassette VHS sur l'histoire mémorable de l'ASSE, avec en voix off Hervé Mathoux si je me rappelle bien. Et cette cassette a longtemps fait chauffer le magnétoscope à la maison. C'était un documentaire magnifique sur le glorieux passé des Verts, émouvant, super bien raconté. Et il y avait un nom qui m'avait marqué et que j'adorais : Yves Triantafilos ! Héros d'un match contre Hajduk Split ! Cette cassette vidéo, c'est un grand souvenir ! ça faisait rêver de voir ces images d'épopées quand tu es ado ! Et Saint-Etienne est une ville industrielle, ouvrière comme je les aime. J'ai eu la chance de vivre quatre ans à Turin et six mois à Newcastle, deux villes avec le même ADN que Saint-Etienne. A Saint-Etienne, à Turin, à Newcastle, on connaît la réalité de la vie, la dureté de la vie, et les gens y sont très bienveillants, chaleureux." 
 
Vous avez une anecdote, une histoire racontée qui n'est pas passée à l'antenne à nous faire découvrir ?
"J'ai vécu une semaine magnifique de rencontres, avec des gens si généreux, prêts à nous aider, qui nous racontaient avec passion et émotion leur amour du foot. J'ai été très touché par la rencontre avec les parents de l'arbitre international Clément Turpin, à Montceau-les-Mines. Un accueil formidable, des gens super, qui ont parlé de manière passionnante de leur fils, du fait d'être parents d'un arbitre. On a passé une nuit chez Guillaume Warmuz, qui nous a fait à dîner, puis le petit-déjeuner avec lui avant qu'il nous avance en voiture. Incroyable. C'était un moment très harmonieux en sa compagnie. Des gens nous ont pris en stop pendant 200 bornes ! Par exemple, un entraîneur en district nous a conduit de Montceau jusqu'à Auxerre. Au départ, il devait nous arrêter à Beaune si je me rappelle bien. Et comme on allait être en retard, il nous a finalement emmené jusqu'à l'Abbé-Deschamps où allait se dérouler un match de L2. L'AJA a été vraiment super avec lui en l'invitant au match à une superbe place en tribune en plus. On a vécu une semaine merveilleuse entre le hasard du stop, et des rendez-vous programmés en amont, entre des gens connus et d'autres pas connus, mais tous lumineux. On a fini le dimanche 25 février devant le Parc des Princes, après avoir eu le droit d'aller dans le Stade de France avec Vikash Dhorasoo, héros d'une finale de Coupe de France entre le PSG et l'OM. On a eu l'honneur d'aller au bord du terrain, dans un vestiaire, dans les entrailles de cette enceinte."  
 
Vous prévoyez de revenir dans le Chaudron prochainement, cette fois-ci avec le stade plein ?
"Et oui, je vais super prochainement revenir à Saint-Etienne pour déjeuner avec Pierre Victoire et le remercier ainsi de tout ce qu'il a fait pour nous pendant notre passage à Sainté. Je verrai peut-être aussi Jean-Jacques Fradin, au top. Dès que j'ai fini de soigner ma crève, je débarquerai dans la Loire. Et ce sera une grande joie d'assister enfin à un match à Geoffroy-Guichard. Après l'avoir vu vide, je le verrai bien rempli. Et ce sera encore un beau voyage. Il n'y a rien de plus beau que de donner la parole à des passionnés. Tous ces témoignages pendant une semaine m'ont enrichi et rendu heureux. Il faut croire en ses rêves."  

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